Réalisation de soi

Pourquoi il est nécessaire de sortir du rôle de victime, et comment faire ?

” Les victimes sont des personnes violentes”

Byron Katie

Nous avons besoin de nous sentir victime à un moment ou à un autre.

Pour ma part, pendant très longtemps, j’ai cru que si j’étais malheureuse, c’était à cause des autres. Si je souffrais, c’était à cause de mon enfance difficile, à cause d’un nom de famille compliqué, à cause de la pluie, de la neige, du vent, du soleil qui tape trop fort, à cause des connards qui me faisaient du mal, à cause des gens qui se moquaient de moi, parce que je n’étais pas née à la bonne époque, parce que le monde est pourri, parce que je suis l’aînée de ma fratrie, etc….

On peut trouver mille et une raisons à son malheur.

Tout en regardant chez le voisin, en se disant que l’herbe est plus verte chez lui. Une raison de plus pour être encore plus malheureuse 🙂

Le truc, c’est qu’on peut quitter ce qui en apparence nous fait souffrir, pour aller chercher la même herbe verte que celle de notre voisin.

Mais tôt ou tard, on a beau y faire, on plante de nouvelles graines, on essaie d’entretenir cette nouvelle herbe, de la nourrir… on se retrouve à nouveau avec le même terrain tout pourri que celui d’avant.

On rejoue les mêmes scénarios, mais avec d’autres personnes, dans d’autres circonstances. Et on retombe dans les mêmes souffrances.

Alors on se dit : « putain mais c’est pas possible ! Je tombe toujours sur des connards ! J’ai vraiment pas de bol dans la vie 🙁 »

Là, on regarde l’herbe qu’on trouve incroyablement verte chez le voisin en se disant «  mais comment il fait, lui ? Je dois être nulle, c’est pas possible. Pourquoi il y arrive, lui, et pas moi ? » 

Comment il fait le voisin pour être heureux ? C’est ce que nous allons voir tout de suite dans cet article 🙂

l’herbe est toujours plus verte chez le voisin

Ce que nous apporte le statut de victime

Quand on se dit :

  • il pleut. Ca me fout le moral à zéro.
  • si je rencontre que des alcoloos, c’est à cause de mon père qui picolait.
  • si je me sens seul, c’est parce que le monde est méchant.
  • mes collègues sont infectes. C’est à cause d’elles si je fais une dépression.

On se place en tant que victime.

Qu’est-ce que c’est une victime ? Dans mon Petit Robert, c’est une personne qui souffre, qui pâtit (des agissements d’autrui, ou de choses, d’évènements néfastes). On est donc victime de la pluie qui tombe, de l’alcoolisme de son père et de son conjoint, de son enfance malheureuse, du monde qui tourne mal, des gens qui sont méchants, etc…

C’est à cause d’évènements extérieurs à nous que nous souffrons. Et nous n’y sommes pour rien.

Cette attitude peut nous être nécessaire et nous aider pendant un temps.

Pour ma part, me sentir victime de ma mère, de sa façon de me parler (je me disais “c’est quand même pas ma faute si ma mère me parle comme elle me parle ! C’est moi sa fille, c’est à elle de savoir comment se comporter en tant que mère”) m’a donné un statut. Mon histoire intéressait les gens : ils me plaignaient, avaient envie de m’aider, me trouvaient courageuse, me disaient qu’ils auraient été incapables de vivre ce que j’ai vécu, etc…

En étant cette victime, je me faisais une place dans la société, et pas des moindres : j’étais cette héroïne qui avait réussi à vivre ce que j’avais vécu.

Etre une victime m’a donné un statut d’héroïne. Et qui ne voudrait pas être un héros ? 😉

Être une victime donne le statu de héros

J’ai donc endossé ce rôle avec fierté pendant longtemps.

Il m’a aidé à me faire aider, j’ai pu rencontrer des tas de personnes formidables qui m’ont tendu la main.

Être une victime, c’est aussi pouvoir déverser toute sa colère d’avoir vécu ce qu’on a vécu.

On a le droit d’aller mal, d’être triste : vous êtes légitime au yeux de la société lorsque vous êtes une victime.

Mais ce statut a ses limites. Je voulais aussi construire ma vie mais je répétais inlassablement les mêmes scénarios. Encore et encore. Parce que je pensais que je n’y étais pour rien à ce qui m’arrivait. Je ne me rendais pas compte de mon attitude à moi dans l’histoire.

Arrive donc un moment où il nous est nécessaire de sortir de ce statut, si on veut avoir la belle vie qu’on souhaite. C’est à la portée de tout le monde. En revanche, si vous avez encore besoin de vous sentir être une victime, c’est très bien comme ça. C’est que ce n’est pas encore le moment pour vous de passer à l’étape suivante.

J’ai déjà tout essayé

Si vous vous dites que de toute façon vous avez déjà tout essayé pour ne plus souffrir de vos relations, etc… et que vous n’y arrivez pas, sachez que c’est parce que vous n’avez pas encore tout essayé. Et ce n’est pas parce que vous êtes nul.

«  Si vous n’y arrivez pas, c’est parce qu’on ne vous a pas appris la bonne méthode. On ne vous a pas appris comment faire » 

D’abord, comment savoir si vous vous positionnez en tant que victime ?

Si vous vous dites des phrases du genre :

  • mais j’y suis pour rien si j’ai vécu une enfance malheureuse !
  • qu’est-ce que j’y peux moi, si j’ai été victime de violences ?!
  • qu’est-ce qu’ils y peuvent, les gens qui vivent la guerre ?!
  • c’est quand même pas ma faute si mon père buvait !!

Vous n’y êtes pour rien dans les agissements des autres. Ca les regarde, eux.

«  Mais si vous vous sentez affecté par un évènement, une relation, etc… et que vous pensez en même temps « je n’y suis pour rien », alors vous avez débusqué votre statut de victime » 

Si vous vous sentez mal à l’aise avec le fait de vous rendre compte que vous vous positionnez en tant que victime, sachez que c’est très bien de l’avoir découvert : vous commencez à mieux vous connaître 🙂

«  C’est en apprenant à vous connaître que vous pourrez modifier vos comportements »  

Les questions à vous poser maintenant sont celles-ci :

Est-ce que vous voulez continuer de vivre la vie que vous vivez ?

Est-ce que vous avez envie de sortir de ce cercle vicieux qui vous rend malheureux ?

D’avoir vous aussi le meilleur de ce que la vie a à vous offrir ?

avoir le meilleur que puisse nous offrir la vie

Prendre ses responsabilités

La clef pour prendre le chemin du bonheur est là : si le voisin est heureux, c’est parce qu’il est responsable. Il n’existe pas d’autre moyen. Et c’est tant mieux, comme ça on n’a pas à chercher ici ou là pour savoir comment faire 🙂

«  Le premier pas à faire, c’est de se responsabiliser » 

Ca veut dire quoi ? Toujours dans mon Petit Robert, la personne responsable, c’est celle qui est l’auteur, la cause volontaire et consciente (de quelque chose), qui en porte la responsabilité morale.

« Être responsable, c’est être raisonnable, réfléchi, sérieux »

Soyons clair : vous n’êtes pas responsable de la guerre d’un pays, de la mort d’un proche, etc… En revanche, si j’ai été victime de violence, de viol, d’une guerre, que je suis rescapé d’un holocauste, que mon enfant est mort d’une maladie grave, la question à se poser est la suivante :

 En quoi je suis responsable des souffrances que j’endure ?  

Vous avez toujours un rôle dans toutes les situations que vous vivez. Byron Katie (encore elle ! 🙂 ) nous en parle très bien dans son livre «  Aimer ce qui est »  : ” lorsque vous découvrez votre propre rôle dans cet évènement, aussi minime soit-il (par exemple, le fait de vous être innocemment soumis à l’acte en question par besoin d’amour ou pour vous épargner de pires sévices), combien ce rôle est puissamment libérateur et combien au contraire, le nier est douloureux”. 

Il est important à cette étape de vous concentrer sur vos responsabilités à VOUS.

Pourquoi est-ce que vous vous êtes engagé dans une relation que vous saviez au fond de vous dangereuse pour vous ?

Est-ce que c’est par exemple parce que vous sentiez que vous pouviez aider cette personne à aller mieux ?

En quoi êtes-vous responsable des souffrances que vous avez enduré dans cette relation ? Parce que vous avez voulu croire que la personne changerait ? Parce que l’amour qu’elle vous donnait au début vous faisait tellement de bien ? Parce que cet amour comblait un manque d’amour ?

Il n’y a pas de culpabilité à avoir (si vous en ressentez, je vous invite à lire mon article sur la culpabilité, comment s’en débarrasser).

Répondre à ces questions vous permet de mieux vous connaître, de mieux cerner vos façons de fonctionner. Vous allez petit à petit mettre fin à la confusion qui règne dans votre esprit et qui fait que vous agissez de telle ou telle manière sans vraiment savoir pourquoi.

«  En comprenant pourquoi et comment vous fonctionnez, en comprenant quels besoins se cachent derrière vos agissements, vous allez mettre en place tout naturellement des façons de faire bienveillantes, respectueuses, pour vous-même et aussi pour les autres » 

Mon histoire pour illustrer

Vous voulez que je vous dise ? J’ai subi la relation toxique avec ma mère pendant près de 30 ans.

J’en ai terriblement souffert, et pourtant j’y restais attachée comme à une bouée de sauvetage : j’étais piégée dans une confusion, perdue entre l’amour profond que je porte à ma mère, ma culpabilité, ma méchanceté, mon désespoir, l’espoir qu’un jour elle se rende compte de la souffrance qu’elle m’infligeait.

Grâce aux outils du développement personnel, je me suis questionnée : en quoi je suis responsable de ma souffrance dans cette relation ? C’était dur pour moi de me poser cette question car je croyais que tout venait d’elle, pas de moi. Je me suis rendue à l’évidence : j’étais très en colère après elle, j’étais méchante. J’étais à la fois le bourreau parce que je la bousculais et à la fois la victime parce que je subissais sa dépression chronique et sa façon de me parler culpabilisante. Ma responsabilité, c’est que je pensais qu’en étant méchante j’allais déclencher un déclic chez elle, qu’elle allait se dire «  mais bon Dieu, ça suffit ! Je ne vais pas subir toute ma vie ! »

Je souffrais à la fois de ma méchanceté et à la fois de voir ma mère déprimée. Je voulais qu’elle aille bien.

Derrière ma méchanceté se cachait mon amour pour elle, un amour blessé. Je cherchais par les seuls moyens que je connaissais (la culpabilité, la méchanceté, les sous-entendus, etc…) à la guérir.

J’aime ma mère et j’ai subi cette relation toxique parce que je croyais pouvoir la guérir.

Je vivais dans une totale illusion.

Je me bagarrais avec la réalité qui est que ma mère est malade.

«  Me responsabiliser a fait que je suis sortie de ce cercle vicieux : je ne suis plus victime ni bourreau de cette relation »

Maintenant je suis responsable. J’ai compris que je ne la guérirais pas en étant méchante et culpabilisante. Ni même que je la guérirais. Ce n’est pas mon rôle.

Mon rôle c’est de vivre ma vie, de penser à moi en premier lieu, et dans la mesure de mes capacités, d’être le plus aimante possible avec elle, de contribuer du mieux que je peux à adoucir son quotidien, de comprendre les besoins qui se cachent derrière ses façons de parler, de lui téléphoner pour prendre de ses nouvelles parce que j’ai envie de lui apporter le soleil que j’ai dans le coeur.

J’en suis là, et parfois d’anciennes habitudes reviennent comme je vous le disais dans un précédent article.

Apprendre ce nouveau rôle me prend du temps.

Mais depuis que je suis sortie de ce statut de victime, que je me suis responsabilisée dans cette relation, d’énormes changements ont bouleversé ma façon de considérer ma mère, et du coup mon attitude à son égard change. Et je constate qu’elle aussi change 🙂

«  Ce n’est qu’en modifiant notre monde intérieur que nous modifierons notre monde extérieur. Il n’y pas d’alternative possible »  

pourquoi il est essentiel de sortir du rôle de victime et comment faire

Pour résumer

Être victime nous aide pendant un temps.

Puis croire que le malheur vient des autres atteint ses limites lorsque nous voulons construire quelque chose de beau, quelque chose d’épanouissant pour soi dans n’importe quel domaine de notre vie.

Nous pouvons savoir si nous nous positionnons en tant que victime, quand on a des pensées du genre « je n’y suis pour rien si j’ai vécu une enfance malheureuse ». Si cette pensée est associée à une souffrance, alors nous pouvons nous poser la question suivante :

En quoi est-ce que je suis responsable de ma souffrance dans tel domaine, dans telle relation ?  

Cette question permet de mieux se connaître, de clarifier nos façons de fonctionner qui nous font souffrir. En étant clair avec soi-même, ces façons d’être tombent d’elles-mêmes. Ainsi, nous avons la liberté de mettre en place naturellement de nouvelles manières d’être qui cette fois-ci seront constructives pour nous. Nous sortons de notre rôle de victime pour devenir responsable de nous-même, pour être enfin zen.

 

cultiver de l’herbe verte comme celle du voisin

Et vous, est-ce que vous avez réussi à sortir de votre statut de victime pour vous responsabiliser ? N’hésitez pas à partager votre expérience dans les commentaires pour en faire bénéficier à d’autres 🙂 Ensemble, nous sommes plus forts 🙂

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13 thoughts on “Pourquoi il est nécessaire de sortir du rôle de victime, et comment faire ?

  1. Bonjour Emily

    C’est un très bel article mais aussi important que tu nous offre et je t’en remercie.
    En effet, il est facile de se positionner comme une victime auprès des autres pour attirer de l’attention mais cela ne fait rien avancer dans sa vie.
    Bien eu contraire, nous stagnons, voir pire, nous nous enfonçons lentement mais surement dans les sombres profondeurs de notre âme.
    C’est lorsque nous touchons alors le fond que nous voulons remonter et il ne faut alors pas penser qu’il est trop tard. Bien au contraire, il faut s’en servir comme un magnifique tremplin pour aller vers la liberté d’être soi, et c’est ce que tu as eu le courage de faire. Bravo !
    Alors intervient notre capacité de résilience,c’est-à-dire de pouvoir abandonner ce qui nous fait du mal pour aller de l’avant. Et bien souvent, être au fond du trou est la meilleure façon d’y accéder.

    A bientôt

    Paul

    1. Bonjour Paul,

      Merci pour ton précieux commentaire, tu as raison, toucher le fond représente un magnifique tremplin pour trouver sa propre liberté.

      La souffrance est un puissant moteur pour nous faire changer. Comme tu le dis, être au fond du trou est la meilleure façon d’y accéder 🙂

      Emily

  2. Ah, le “statut” de victime. C’est quelque chose que l’on voit beaucoup sur les forums, et que je rencontre sur la ligne de soutien aux femmes VICTIMES de violences conjugales. Certaines personnes appellent pour s’en sortir: elles sont les victimes qui ont la volonté de sortir de ce rôle. Il arrive qu’elles appellent plusieurs fois, mais à chaque fois nous pouvons les aider à franchir une étape de plus. Leurs appels sont occasionnels et quand elles sentent qu’à travers la discussion, elles ont obtenu la piste ou le soutien qu’elles venaient chercher, elles raccrochent. Elles cherchent l’écoute et des moyens pratiques pour se faire épauler sur la route de leur reconstruction. C’est merveilleux de pouvoir aider quelqu’un de cette manière.
    Et puis, nous répondons aussi à des victimes “chroniques”: des personnes qui nous appellent pour se lamenter de leur mauvais sort, qui nous disent qu’elles ont tout fait déjà pour s’en sortir, mais que ce sont “les autres” qui clochent. Elles peuvent appeler tous les jours, pourraient rester en ligne indéfiniment, alors que nous savons que d’autres attendent que la ligne se libère.
    Quand on me demande si c’est dur, sur la ligne, d’écouter des personnes raconter les relations violentes qu’elles vivent, je peux dire que ce n’est pas forcément “plaisant”, mais c’est gratifiant de pouvoir aider des femmes qui veulent s’en sortir. Ce qui est vraiment dur, ce sont ces personnes qui appellent une ligne D’AIDE, mais qui en fait, ne veulent pas être aidées.
    Ah, si je pouvais leur envoyer ton article!
    (PS: Pour info, les appels sont anonymes et ne peuvent pas être tracés. Il ne faut jamais hésiter à appeler!)

    1. Je te comprends Virginie, je vis la même chose avec mon métier d’assistante sociale… Pour ma part je me focalise sur les personnes qui veulent vraiment être aidées. J’essaie de faire ce que je peux avec les personnes qui se plaignent sans discontinuer, mais arrive un moment où j’ai des limites dans ce que je peux leur apporter. Effectivement, si elles pouvaient sortir du rôle de victime, elles pourraient avancer dans leur vie. Et si elles ne le font pas, c’est qu’il doit en être ainsi 🙂

      Merci pour tes commentaires toujours très riches.

  3. Bonsoir Emily,

    J’ai lu attentivement votre article et je dois vous confier qu’à l’issue de cette lecture, je reste dubitative sur la notion de responsabilité.
    Dans la vie, cela est fréquent, l’on désire du bien et l’on se trouve payé en mal.
    L’on donne de l’amour et on se reçoit un coup de pied. Cela n’a rien d’exceptionnel et disons-le, c’est même très fréquent.
    Certes, c’est une expérience désagréable. Mais comment arriver à l’idée que le bien dont nous faisons preuve est responsable de la libération du mal chez autrui et qu’in fine, nous soyons les premiers responsables du mal qui nous est fait?
    Penser que l’on est responsable du mal de l’autre en raison de notre propre bien, cela me laisse dubitative.
    Je m’appuie sur un exemple personnel de la vie courante: accorder sa confiance à une personne qui la piétine pour vous trahir.
    Doit-on se sentir responsable/coupable d’avoir donné quelque chose de beau à une personne qui n’a pas su l’apprécier?
    Comment sonder les âmes en profondeur pour déterminer à l’avance qui est en capacité d’aimer de manière honnête et authentique? Qui peut reconnaitre, à coup sûr, sans jamais faillir dans son jugement, les personnes en capacité d’honorer avec dévotion et sollicitude la confiance qu’on lui accorde ? Qui a ce bâton de sourcier spirituel pour déceler les sources d’amour cachées dans les coeurs des hommes?
    J’ai envie de dire…… personne.

    Ce qui veut juste dire, que, de facto, nous sommes appelés à nous tromper. La seule façon de ne jamais, mais alors, jamais, nous tromper sur qui que ce soit, c’est de ne plus rien donner à quiconque.
    Plus de bien, plus de confiance, plus de gentillesse. Basta.
    Mais alors, quelle vie nous restera-t-il? Un grand champ aride où se traîner en guenilles spirituelles.

    Ce qui signifie: avons-nous vraiment le choix? Non, pas vraiment, il faut continuer de donner.
    Et se tenir en responsabilité non pas d’avoir donné, ni même de s’être trompé, car c’est inévitable, mais se tenir en responsabilité face à la réponse qui nous est faite par rapport à ce que nous avons donné.

    Voilà plutôt comment je perçois les choses….

    Ce n’est bien sûr qu’une réflexion en passant…. à voir comment elle peut rebondir dans la réflexion commune menée ici….

    Janet

    1. Merci Janet pour votre commentaire qui nourrit ce texte et va au delà 🙂

      J’écrirai un article sur les notions de responsabilité et de culpabilité car elles sont différentes l’une de l’autre : la personne coupable a commis une faute, alors que la personne responsable prend en charge ce qui lui arrive. Mais dans mon Petit Robert, la personne responsable a plusieurs définitions dont celle-ci : «  c’est la personne qui doit réparer les dommages qu’elle a causés par sa faute ». On retrouve donc la notion de culpabilité. Par conséquent, la culpabilité et la responsabilité sont souvent confondues… Il est important de définir les termes et le contexte dans lequel on se situe. Car pour trouver la sérénité et être heureux, nous devons en passer par la responsabilité de ce qui nous arrive.

      Ce que je cherche à dire dans cet article, c’est que quoi que l’autre me dise, pense de moi, quoi qu’il fasse, ça le regarde lui. Par contre, l’impact qu’aura ses agissements sur moi relève de ma responsabilité à moi. C’est à dire que c’est moi qui choisis de souffrir ou de rire de ce qui m’est dit. C’est donc moi qui suis responsable de mon état intérieur. Ce n’est pas une notion forcément facile à appréhender. Mais quand on commence à la comprendre, alors on comprend qu’on a du pouvoir sur ce qui nous arrive : je peux choisir de me laisser à la souffrance, ou bien je peux choisir une autre réaction.

      Ce n’est pas un tour de magie qui fait qu’on va réussir à réagir différemment dès qu’on l’aura décidé. C’est une réflexion que nous pouvons avoir afin de cheminer vers notre sérénité et notre joie de vivre.

      Je ne suis pas responsable de ce que l’autre me dit, me fait, ou pense de moi, et à l’inverse, je peux dire ou faire ce que je veux à l’autre, je ne suis pas responsable non plus de l’impact que cela aura chez l’autre. Mais ne nous cachons pas derrière notre petit doigt : si j’insulte cette personne, c’est sûr que je ne lui fais pas de bien et je peux présager qu’elle va mal le prendre… Ainsi, vous n’êtes pas responsable si quelqu’un piétine votre confiance. Ca la regarde… En revanche, vous êtes responsable de l’effet que cela vous fera : vous pouvez vous dire par exemple « je ne donnerai plus ma confiance à qui que ce soit, les gens sont méchants » mais vous pouvez aussi vous dire « ce n’est pas grave, cette personne ne me convient pas, je passe mon chemin car je sais qu’il existe d’autres personnes sur la planète qui sont dignes de ma confiance » .

      Bien sûr, vous avez raison, nous pouvons nous tromper. Mais devons-nous rester caché chez soi au risque de nous tromper sur les personnes que l’on va rencontrer ? Non, il nous est vital de continuer de donner.

      Tout ceci pour développer ce que vous dites si justement en quelques mots à la fin : «  se tenir en responsabilité face à la réponse qui nous est faite par rapport à ce que nous avons donné »

      C’est un sujet très passionnant 🙂 Merci encore pour cette contribution 🙂

  4. Bonjour Emily,

    Merci pour votre réponse guidée par une grande gentillesse, douceur de ton qui sont, je vous l’écris sincèrement, très agréables à la lecture.
    Et puis merci aussi d’avoir pris le temps, tout simplement, de me répondre.
    Mon souhait, je vous le confie, soit que ces qualités de don gratuit et de gentillesse demeurent en dépit de nos divergences de points de vue…. car oui, je dois aussi le dire, aussi précautionneusement qu’il m’est possible de le faire, je reste en état de perplexité sur certains points.
    Ce qui en soit n’est pas grave. Pas grave du tout.
    Mais bon, je tenais juste à revenir sur ces quelques points de votre réponse, pour vous faire une proposition différente de la façon d’envisager la notion de responsabilité.
    Après, nos libertés de pensée respectives feront le reste… car il n’y a bien sûr aucune obligation qui vous est faite de vous ranger à mon point de vue (et heureux-se-ment!!!!).

    Je voulais revenir précisément sur le paragraphe: “C’est à dire que c’est moi qui choisis de souffrir ou de rire de ce qui m’est dit. C’est donc moi qui suis responsable de mon état intérieur. Ce n’est pas une notion forcément facile à appréhender. Mais quand on commence à la comprendre, alors on comprend qu’on a du pouvoir sur ce qui nous arrive : je peux choisir de me laisser à la souffrance, ou bien je peux choisir une autre réaction.”
    De manière spontanée, sans réflexion argumentation creusée, je vous réponds que non, nous n’avons pas le choix de notre réaction face à ce qui nous est dit, ou plus largement face à ce qui nous est fait.
    Je pense, profondément, que nous ne l’avons pas. Car le mal qui nous atteint est dotée de sa propre intelligence et de sa propre puissance d’impact et qu’il sait exactement où nous toucher, comment nous toucher et cela, avec toute l’intensité dont il est chargé.
    Ne nous leurrons pas, et souvent je me le répète dans de gros soupirs: le mal atteint sa cible. Penser le contraire revient à se penser plus fort que lui, ce qui, à mon sens, est une illusion redoutable.
    Je me permets d’insister là-dessus: illusion re-dou-ta-ble.
    Car l’illusion fragilise, donc elle nous surexpose au mal alors que naturellement, nous déambulons déjà en terrain découvert. C’est ce qu’on pourrait appeler la multiplication des risques…Ouh la la….

    Néanmoins, il existe bien une notion de choix, mais je ne la situe pas au même endroit que vous. Face au mal, nous n’avons pas d’autre choix que de souffrir et nous souffrons.
    Un père, une mère, dont l’enfant a été emporté par la folie d’un assassin sera, inévitablement, plongé dans une souffrance intense, profonde, omniprésente. Il ou elle se sentira, inévitablement, “fracassé” par cette épreuve.
    Il ou elle n’aura pas le choix de son état intérieur. Mais en cheminant longuement et intensément dans cette souffrance, se posera un jour la question de ce qu’il doit faire, de ce qu’il peut faire, de cette douleur profonde.
    Et là, oui, se posera alors la question du choix. Et des questions qui guident le choix:

    La souffrance est-elle là pour que nous prenions appui sur elle et allions à la rencontre de nous mêmes puis des autres? Comme par exemple ces parents qui prennent, des années après le drame, d’aller à la rencontre de prisonniers dans le cadre de la justice restauratrice…
    Ou bien cette souffrance a-t-elle pour vocation de détruire tout de manière irrémédiable, s’alignant en cela sur les intentions profondes des assassins eux-même qui ont généré le malheur dans la vie d’autrui.

    Voilà donc où je voulais en venir.
    Je ne pense pas qu’en tant qu’êtres humains nous ayons le choix entre la souffrance et le rire.
    Et même, nous n’avons pas le choix de la souffrance tout court.
    La souffrance existe et elle est incontournable.
    Et non, nous n’en portons pas la responsabilité. Car elle est, de fait, inextricablement liée à notre destinée d’êtres humains.
    Ce qui, de mon point de vue, change la place de la notion de responsabilité.
    Car ce qui m’apparaît être en charge de la création de la souffrance, ce n’est pas notre responsabilité. Mais notre destin.
    Ensuite, oui, la notion de responsabilité intervient. A savoir quels choix allons-nous opérer face à ce qui nous est imposé, et notamment quels cheminements allons-nous faire au travers de la souffrance qui nous arrive par le biais du mal. Que ce soit notre mal à nous ou celui des autres d’ailleurs. Peu importe.

    Bon, c’était le premier point que je souhaitais rapidement aborder. Il en reste un second, qui porte sur le passage: “, Je ne suis pas responsable de ce que l’autre me dit, me fait, ou pense de moi à l’inverse, je peux dire ou faire ce que je veux à l’autre, je ne suis pas responsable non plus de l’impact que cela aura chez l’autre.”
    Il y a deux notions qui se côtoient: l’action et le ressenti de l’action. Autrement dit: nos actes et la conséquence de nos actes.
    Lorsque vous écrivez” Je ne suis pas responsable de ce que l’autre me dit, me fait, ou pense de moi” oui, c’est vrai, nous ne sommes pas responsables de l’action ni des représentations symboliques des autres.
    En revanche, je suis réservée sur la suite de vos propos :” je peux dire ou faire ce que je veux à l’autre, je ne suis pas responsable non plus de l’impact que cela aura chez l’autre “.

    La logique de cette phrase sous-tend que nous serions responsables de nos actions mais pas de leurs conséquences, notamment du ressenti induit par nos actions/paroles bonnes ou mauvaises. On segmente l’action et sa conséquence.

    Mais est-ce vraiment possible? Et pourquoi cette division, dont, dans la phrase suivante, vous soulignez la limite ” Mais ne nous cachons pas derrière notre petit doigt : si j’insulte cette personne, c’est sûr que je ne lui fais pas de bien et je peux présager qu’elle va mal le prendre…”
    Vous-même avez senti une pierre d’achoppement dans la logique de la phrase précédente.
    Et justement, c’est cette pierre d’achoppement qui est intéressante.
    Comment aller explorer cette limite/contradiction interne pour en faire ressortir , ce que l’on pourrait appeler, avec beaucoup d’ambition, une vérité?

    C’est toujours plus intéressant d’aller là où ça gratte la cervelle car de toute évidence, c’est là que se passe quelque chose.

    Voilà voilà la réponse qu’il m’a été possible de vous faire en cette matinée d’octobre. J’espère qu’elle n’est ni trop longue, ni trop barbante à lire. Dans tous les cas, ce que je peux vous dire, c’est qu’elle part d’une bonne intention et qu’en conséquence j’espère qu’elle vous apparaisse, dans une mesure qu’il vous reste à déterminer, porteuse d’une réflexion qu’il est toujours possible de creuser.

    Très bonne journée à vous

    Janet

    1. Bonsoir Janet,

      Je vous remercie pour votre commentaire encore enrichissant et qui me fait réfléchir 🙂

      Nous n’avons aucune obligation de souffrir, c’est un de mes chevaux de bataille à travers ce blog. Est-ce que vous connaissez Byron Katie ? J’ai fait la chronique de son livre qui a changé ma vie ici si cela vous intéresse : https://des-livres-pour-changer-de-vie.com/aimer-ce-qui-est/ Byron Katie nous dit que « la souffrance est une option dans dans la vie » et je pense qu’elle a raison. Cette femme est un grand sage pour moi, c’est un Bouddha. Elle m’a permis d’ouvrir des portes à l’intérieur de moi où j’ai découvert un monde d’amour, là où je ne pensais qu’il n’y avait que haine, souffrance, colère, etc…

      Ce que je voulais dire quand j’écris que je ne suis pas responsable de l’impact qu’auront mes dires chez l’autre et « ne nous cachons pas derrière notre petit doigt : si j’insulte cette personne, c’est sûr que je ne lui fais pas de bien et je peux présager qu’elle va mal le prendre » c’est que si je suis méchante avec l’autre, je ne dois pas m’étonner s’il le prend mal et qu’il n’est pas sympa avec moi en retour !
      Je choisis ma façon de m’adresser à l’autre. Est-ce que je veux récolter plus de gentillesse ou plus de méchancetés ? C’est à chacun de voir 🙂

  5. Bonjour Emily,

    Je vous remercie pour votre réponse.

    Mais je dois vous confier que ma perplexité s’approfondit.
    Je ne connais pas Byron Katie. Je ne peux donc commenter ses écrits. Peut-être devrais-je lire cet auteur pour me faire ma propre opinion.
    Néanmoins, dans l’immédiat, je peux vous proposer une analyse de la phrase “la souffrance est une option dans la vie” telle que vous la proposez sur votre blog, phrase qui revient à dire que nous souffrons parce-que nous avons choisi la mauvaise option.

    Je commence par prendre un exemple qui s’appuie sur cette phrase:
    Un assassin entre dans votre maison. Il tue votre famille sous vos yeux. Vous souffrez. Mais c’est de votre faute. Vous avez choisi la mauvaise option. Vous pouviez chanter une chanson rigolote au moment des faits.

    Le pire dans tout cela, c’est que même avec cet exemple extrême, je n’ai pas le sentiment de caricaturer la phrase “la souffrance est optionnelle”.
    Cette phrase, dans son sens le plus profond, sous-tend réellement que la pire des barbarie n’est pas génératrice de souffrance.
    La seule réalité génératrice de souffrance en ce monde, c’est nous.

    Ce qui revient à dire qu’aucune souffrance ne mérite d’être entendue.
    Pas d’écoute, pas d’empathie, pas de compassion possibles.
    Avec en prime, le déni de la légitimité de la souffrance réellement vécue.
    Et mieux que tout, mieux que tout!!! pour la personne victime d’injustice: le jugement de valeur.
    Ce qui pourrait donner, dans un entretien avec une psychologue imprégnée du concept de souffrance optionnelle: “Madame, vous souffrez, non pas parce que votre famille a été décimée par la folie d’un assassin, mais parce que vous avez vous-même fait le choix de la souffrance. Vous êtes incapable de gérer vos émotions en faisant les bons choix. ” ce qui revient à sous-entendre très clairement :”Vous n’êtes pas maître de vous-même, grosse nullarde!”

    Vous savez Emily, je vous l’écris en toute clarté:
    une souffrance non entendue est une souffrance qui se démultiplie,
    une souffrance méprisée est une souffrance qui se démultiplie,
    une souffrance jugée comme l’on jugerait un caprice est une souffrance qui se démultiplie
    et la souffrance démultipliée à l’infini se transforme tôt ou tard en VIOLENCE.

    La phrase qui dit que “la souffrance dans la vie est optionnelle”, énoncée comme cela, sans garde-fous ni précaution intellectuelle préalable, est une phrase porteuse de violence symbolique.

    Maintenant, vous m’écrivez que cette phrase, compte tenu que vous considérez son auteur comme un Bouddha, revêt quelque part, un caractère sacré.
    Là encore, Emily, il convient de faire la part des choses. Je ne pense pas que l’auteur de cette phrase se soit auto proclamé Grand Sage.
    Donc osons désacraliser! Osons désacraliser!
    Et désacralisons ensemble, si vous en êtes d’accord, le concept de souffrance optionnelle!
    Ce concept n’est pas une vérité sacrée. Ce concept n’est qu’une opinion, qui peut être débattue parmi d’autres opinions.
    Ce que j’ai fait d’ailleurs.

    Si nous avions été face à une vérité réellement sacrée, de l’ordre de la vérité absolue, je vous le dis aussi en toute franchise, le “concept” , mis à l’épreuve de la discussion, aurait été autrement plus coriace.
    Il existe des vérités, qui tiennent toutes seules, indifférentes à nos argumentaires, indéboulonnables par la raison.
    Des vérités d’ordre transcendantal, oui.
    Et la phrase “la souffrance est une option dans la vie”, encore une fois, n’appartient pas à ces vérités d’ordre supérieur.

    Donc osons ensemble la remise en question!!!! Et cela en toute bienveillance!

    Bon, je regarde ma montre et je vois que le temps passe. Sur ces bonnes paroles, comme disaient nos grands mères, je dois vous laisser, non sans vous souhaiter une réflexion heureuse et féconde, et bien sûr en vous souhaitant aussi un bon week-end perfusé d’ondes positives!

    Janet

  6. Bonjour Emily,

    Je vous écris pour vous informer que j’ai pris le temps hier de prendre connaissance des travaux de l’auteur citée dans votre article.
    Au visionnage des vidéos et à la lecture du lien que vous avez joint à votre dernier message, il m’apparait que je ne peux adhérer en rien à la doctrine proposée par cette femme.
    Je n’ai pas d’opinion supplémentaire à livrer par rapport à mon précédent message, qui énonçait très clairement mes réserves. Réserves que je maintiens entièrement, complètement et définitivement.

    J’ai vu que vous n’avez pas répondu à mon précédent message. Ce n’est bien sûr pas un reproche mais le silence ne permet pas de clore l’échange de manière satisfaisante.

    Il ne sera, de toute évidence, au vu de ce que j’ai lu et visionné, pas possible d’aller plus avant dans les échanges. Conservons néanmoins “les formes”. A titre personnel, j’accorde de l’importance à la politesse, et il me semble important de quitter ce blog poliment, en vous souhaitant une continuation féconde qui vous mène avec aisance aux remises en question qu’une vie équilibrée charrie naturellement dans ses flots spirituels.

    Bien évidemment, si vous souhaitez supprimer tous mes messages, je n’y vois aucun problème.
    C’est votre blog et vous êtes maître à bord. Sachez simplement que vous ne froisserez aucunement mon ego (je dis cela pour vous faciliter les choses.)

    Bien à vous et bonne continuation

    Janet

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