Se détacher de ses entraves

Pourquoi il est nécessaire de sortir du rôle de victime, et comment faire ?

Nous avons besoin de nous positionner en tant que victime à un moment ou à un autre de notre vie. Ce rôle de victime nous apporte des bénéfices. Mais je constate, que ce soit dans ma vie personnelle ou avec les personnes que j’accompagne dans mon travail d’assistante sociale, que ce statut a ses limites : être une victime nous fait rejouer inlassablement les mêmes scénarios qui nous empêchent de nous épanouir. On essaie de faire autrement, mais rien ne change. C’est en modifiant petit à petit notre façon de fonctionner que nous allons réussir à sortir du rôle de victime.

Ce que nous apporte le rôle de victime

Quand on se dit, par exemple :

  • c’est à cause de mon mari si je suis malheureuse. Il ne fait pas assez attention à moi…
  • mes collègues sont infectes. Si j’étais dans un autre service, je me sentirais beaucoup mieux.
  • si j’avais eu des parents normaux et aimants, c’est certain qu’aujourd’hui je ne serais pas alcoolique.

On se place dans un rôle de victime. Qu’est-ce que c’est une victime ? Dans mon Petit Robert, “c’est une personne qui souffre, qui pâtit (des agissements d’autrui, ou de choses, d’évènements néfastes)”. Nous sommes donc victimes de nos proches, de notre famille, de nos collègues, de notre enfance, de la vie qui nous en veut, etc… pourquoi sortir du rôle de victime est nécessaire, et comment faire ?Lorsque nous sommes victimes, nous subissons ce qui se passe à l’extérieur de nous-même et ces évènements nous font souffrir. Nous nous sentons impuissants face à ce qui se passe, on a l’impression qu’on ne pourra rien changer à ce qui nous affecte.

Cette attitude peut nous être nécessaire et nous aider pendant un temps. En quoi est-ce que cela nous aide ? Par exemple, je me suis sentie victime de mon enfance pendant des années. Cela m’a donné un statut, car mon histoire intéressait des personnes : ils me plaignaient, avaient envie de m’aider, me trouvaient courageuse, me disaient qu’ils auraient été incapables de vivre ce que j’ai vécu, etc… En étant cette victime, je me faisais une place dans la société, et pas des moindres : j’étais une héroïne qui avait réussi à vivre ce que beaucoup n’auraient pas pu vivre. Qui ne voudrait pas être un héros ? 😉

Pourquoi il est nécessaire de sortir du rôle de victime, et comment faire ?

J’ai donc endossé ce rôle avec fierté pendant longtemps. Il m’a aidé à me faire aider, j’ai pu rencontrer des tas de personnes formidables qui m’ont tendu la main. Être une victime, c’est aussi avoir le droit de déverser toute sa colère de vivre ce que nous sommes en train de vivre. On a le droit d’aller mal, d’être triste : nous sommes légitime au yeux de la société lorsque nous sommes une victime.

Mais ce statut a ses limites. Être une victime nous apporte un regard attentionné et bienveillant venant de l’extérieur, mais en même temps nous sommes malheureux de la situation que nous vivons. Arrive donc un moment où il nous est nécessaire de sortir de ce statut, si nous voulons mener la vie que nous souhaitons. C’est à la portée de chacun(e) d’entre nous.

Sortir du rôle de victime : la méthode

La clef pour prendre le chemin de la sortie c’est celle-ci : nous devons devenir responsable. Ca veut dire quoi ? Selon le site le Petit Larousse, la personne responsable, c’est celle “qui est réfléchie, sérieuse, qui prend en considération les conséquences de ses actes”. Soyons clair : vous n’êtes pas responsable des critiques de vos collègues, ni de l’incompétence de votre chef . En revanche, vous êtes responsable de votre vie et de ce que vous faites de ce qui se passe à l’intérieur de vous.

Vous avez toujours un rôle dans chaque situation que vous vivez. Byron Katie nous en parle très bien dans son merveilleux livre «  Aimer ce qui est »  : ” lorsque vous découvrez votre propre rôle dans un évènement, aussi minime soit votre rôle (par exemple, le fait de vous être innocemment soumis à un inceste par besoin d’amour ou pour vous épargner de pires sévices), combien ce rôle est puissamment libérateur et combien au contraire, le nier est douloureux”. A quels besoins fondamentaux est-ce que vous répondez lorsque vous vous placez en tant que victime ?

Prenons encore l’exemple que vous vous sentez victime de l’enfance malheureuse que vous avez vécue. Prenez le temps de la réflexion : de quoi avez-vous besoin ? Qu’est-ce qui fait que vous vous sentez triste ou en colère à cause de votre enfance ?

  • Vous avez besoin de vous sentir aimé(e) ?
  • Vous avez besoin qu’on reconnaisse que vous avez souffert ?
  • Vous avez besoin que vos parents réparent leurs erreurs ?
  • etc…

Vous n’êtes pas responsable des agissements de vos parents. Vous n’êtes pas non plus responsable d’avoir été obligé(e) de vous plier à l’éducation que vous ont donné vos parents. En revanche, vos besoins actuels n’appartiennent qu’à vous et la responsabilité de chercher à les satisfaire n’appartient qu’à vous. 

Je vous propose de prendre un temps pour lister vos besoins par écrit. Ecrire aide pour voir clair ce qui se passe en nous.

Sortir du rôle de victime : et après ?

Une fois que vous avez listé vos besoins, je vous propose d’étudier les possibilités qui s’offrent à vous afin de les combler de manière saine. Pourquoi il est nécessaire de sortir du rôle de victime, et comment faire ?Posez-vous la question : comment est-ce que je peux les satisfaire ? Sans vous fixer aucune limite. S’il y a des choses qui vous paraissent impossibles, ce n’est pas grave. Ce qui est important à ce stade c’est de lister toutes les possibilités, même celles qui vous paraissent impossibles pour le moment. Faites-en un jeu, amusez-vous 🙂

Si par exemple vous avez relevé que vous avez besoin de vous sentir aimé(e), comment pourriez-vous répondre à vos besoins ?

  • prendre la décision d’adopter un animal de compagnie.
  • téléphoner à un ou une amie en qui vous avez confiance et lui parler de votre besoin de vous sentir aimé(e).
  • vous inscrire sur un site de rencontres. N’est-il pas temps pour vous de faire la rencontre de quelqu’un ?
  • se prendre soi-même dans les bras, c’est une sensation qui procure du bien-être immédiat et développe la bienveillance à son propre égard
  • etc…

Vous ne serez limité(e) que par votre imagination.

Ce qu’il faut retenir

Jouer le rôle de victime nous aide pendant un temps : les autres nous soutiennent, nous encouragent, ils nous tendent la main. Nous ressentons de la fierté car nous sommes le héros ou l’héroïne qui est capable de supporter une situation que les autres ne pourraient pas vivre. Être victime permet de ressentir une colère et une tristesse qui sont légitimes.

Mais ce statut de victime atteint ses limites parce qu’il nous maintient dans une situation qui nous rend malheureux(se). Il entrave notre besoin d’épanouissement. La clef pour sortir de ce rôle de victime, c’est de prendre les responsabilités de nos besoins fondamentaux. Pour y parvenir, nous allons nous questionner : je subis cette situation, mais de quoi j’ai besoin en fait ? Quels sont mes besoins profonds ? Et d’examiner les solutions qui s’offrent à nous pour y répondre.

C’est un chemin à parcourir un pas après l’autre. L’avantage quand nous sortons de ce rôle, c’est que nos émotions telles que la colère et la tristesse s’atténuent et font entrer plus de joie dans notre quotidien 🙂

Ne croyez rien de ce que je vous écris, testez par vous-même et voyez les résultats que vous obtenez 🙂 Je serais ravie de lire vos retours dans l’espace de commentaires ci-dessous.

 

N’hésitez pas à liker ma page Facebook si cet article vous a apporté quelque chose d’essentiel ! J’y suis très sensible !! Merci 🙂

Emily

16 thoughts on “Pourquoi il est nécessaire de sortir du rôle de victime, et comment faire ?

  1. Bonjour Emily

    C’est un très bel article mais aussi important que tu nous offre et je t’en remercie.
    En effet, il est facile de se positionner comme une victime auprès des autres pour attirer de l’attention mais cela ne fait rien avancer dans sa vie.
    Bien eu contraire, nous stagnons, voir pire, nous nous enfonçons lentement mais surement dans les sombres profondeurs de notre âme.
    C’est lorsque nous touchons alors le fond que nous voulons remonter et il ne faut alors pas penser qu’il est trop tard. Bien au contraire, il faut s’en servir comme un magnifique tremplin pour aller vers la liberté d’être soi, et c’est ce que tu as eu le courage de faire. Bravo !
    Alors intervient notre capacité de résilience,c’est-à-dire de pouvoir abandonner ce qui nous fait du mal pour aller de l’avant. Et bien souvent, être au fond du trou est la meilleure façon d’y accéder.

    A bientôt

    Paul

    1. Bonjour Paul,

      Merci pour ton précieux commentaire, tu as raison, toucher le fond représente un magnifique tremplin pour trouver sa propre liberté.

      La souffrance est un puissant moteur pour nous faire changer. Comme tu le dis, être au fond du trou est la meilleure façon d’y accéder 🙂

      Emily

  2. Ah, le “statut” de victime. C’est quelque chose que l’on voit beaucoup sur les forums, et que je rencontre sur la ligne de soutien aux femmes VICTIMES de violences conjugales. Certaines personnes appellent pour s’en sortir: elles sont les victimes qui ont la volonté de sortir de ce rôle. Il arrive qu’elles appellent plusieurs fois, mais à chaque fois nous pouvons les aider à franchir une étape de plus. Leurs appels sont occasionnels et quand elles sentent qu’à travers la discussion, elles ont obtenu la piste ou le soutien qu’elles venaient chercher, elles raccrochent. Elles cherchent l’écoute et des moyens pratiques pour se faire épauler sur la route de leur reconstruction. C’est merveilleux de pouvoir aider quelqu’un de cette manière.
    Et puis, nous répondons aussi à des victimes “chroniques”: des personnes qui nous appellent pour se lamenter de leur mauvais sort, qui nous disent qu’elles ont tout fait déjà pour s’en sortir, mais que ce sont “les autres” qui clochent. Elles peuvent appeler tous les jours, pourraient rester en ligne indéfiniment, alors que nous savons que d’autres attendent que la ligne se libère.
    Quand on me demande si c’est dur, sur la ligne, d’écouter des personnes raconter les relations violentes qu’elles vivent, je peux dire que ce n’est pas forcément “plaisant”, mais c’est gratifiant de pouvoir aider des femmes qui veulent s’en sortir. Ce qui est vraiment dur, ce sont ces personnes qui appellent une ligne D’AIDE, mais qui en fait, ne veulent pas être aidées.
    Ah, si je pouvais leur envoyer ton article!
    (PS: Pour info, les appels sont anonymes et ne peuvent pas être tracés. Il ne faut jamais hésiter à appeler!)

    1. Je te comprends Virginie, je vis la même chose avec mon métier d’assistante sociale… Pour ma part je me focalise sur les personnes qui veulent vraiment être aidées. J’essaie de faire ce que je peux avec les personnes qui se plaignent sans discontinuer, mais arrive un moment où j’ai des limites dans ce que je peux leur apporter. Effectivement, si elles pouvaient sortir du rôle de victime, elles pourraient avancer dans leur vie. Et si elles ne le font pas, c’est qu’il doit en être ainsi 🙂

      Merci pour tes commentaires toujours très riches.

  3. Bonsoir Emily,

    J’ai lu attentivement votre article et je dois vous confier qu’à l’issue de cette lecture, je reste dubitative sur la notion de responsabilité.
    Dans la vie, cela est fréquent, l’on désire du bien et l’on se trouve payé en mal.
    L’on donne de l’amour et on se reçoit un coup de pied. Cela n’a rien d’exceptionnel et disons-le, c’est même très fréquent.
    Certes, c’est une expérience désagréable. Mais comment arriver à l’idée que le bien dont nous faisons preuve est responsable de la libération du mal chez autrui et qu’in fine, nous soyons les premiers responsables du mal qui nous est fait?
    Penser que l’on est responsable du mal de l’autre en raison de notre propre bien, cela me laisse dubitative.
    Je m’appuie sur un exemple personnel de la vie courante: accorder sa confiance à une personne qui la piétine pour vous trahir.
    Doit-on se sentir responsable/coupable d’avoir donné quelque chose de beau à une personne qui n’a pas su l’apprécier?
    Comment sonder les âmes en profondeur pour déterminer à l’avance qui est en capacité d’aimer de manière honnête et authentique? Qui peut reconnaitre, à coup sûr, sans jamais faillir dans son jugement, les personnes en capacité d’honorer avec dévotion et sollicitude la confiance qu’on lui accorde ? Qui a ce bâton de sourcier spirituel pour déceler les sources d’amour cachées dans les coeurs des hommes?
    J’ai envie de dire…… personne.

    Ce qui veut juste dire, que, de facto, nous sommes appelés à nous tromper. La seule façon de ne jamais, mais alors, jamais, nous tromper sur qui que ce soit, c’est de ne plus rien donner à quiconque.
    Plus de bien, plus de confiance, plus de gentillesse. Basta.
    Mais alors, quelle vie nous restera-t-il? Un grand champ aride où se traîner en guenilles spirituelles.

    Ce qui signifie: avons-nous vraiment le choix? Non, pas vraiment, il faut continuer de donner.
    Et se tenir en responsabilité non pas d’avoir donné, ni même de s’être trompé, car c’est inévitable, mais se tenir en responsabilité face à la réponse qui nous est faite par rapport à ce que nous avons donné.

    Voilà plutôt comment je perçois les choses….

    Ce n’est bien sûr qu’une réflexion en passant…. à voir comment elle peut rebondir dans la réflexion commune menée ici….

    Janet

    1. Merci Janet pour votre commentaire qui nourrit ce texte et va au delà 🙂

      J’écrirai un article sur les notions de responsabilité et de culpabilité car elles sont différentes l’une de l’autre : la personne coupable a commis une faute, alors que la personne responsable prend en charge ce qui lui arrive. Mais dans mon Petit Robert, la personne responsable a plusieurs définitions dont celle-ci : «  c’est la personne qui doit réparer les dommages qu’elle a causés par sa faute ». On retrouve donc la notion de culpabilité. Par conséquent, la culpabilité et la responsabilité sont souvent confondues… Il est important de définir les termes et le contexte dans lequel on se situe. Car pour trouver la sérénité et être heureux, nous devons en passer par la responsabilité de ce qui nous arrive.

      Ce que je cherche à dire dans cet article, c’est que quoi que l’autre me dise, pense de moi, quoi qu’il fasse, ça le regarde lui. Par contre, l’impact qu’aura ses agissements sur moi relève de ma responsabilité à moi. C’est à dire que c’est moi qui choisis de souffrir ou de rire de ce qui m’est dit. C’est donc moi qui suis responsable de mon état intérieur. Ce n’est pas une notion forcément facile à appréhender. Mais quand on commence à la comprendre, alors on comprend qu’on a du pouvoir sur ce qui nous arrive : je peux choisir de me laisser à la souffrance, ou bien je peux choisir une autre réaction.

      Ce n’est pas un tour de magie qui fait qu’on va réussir à réagir différemment dès qu’on l’aura décidé. C’est une réflexion que nous pouvons avoir afin de cheminer vers notre sérénité et notre joie de vivre.

      Je ne suis pas responsable de ce que l’autre me dit, me fait, ou pense de moi, et à l’inverse, je peux dire ou faire ce que je veux à l’autre, je ne suis pas responsable non plus de l’impact que cela aura chez l’autre. Mais ne nous cachons pas derrière notre petit doigt : si j’insulte cette personne, c’est sûr que je ne lui fais pas de bien et je peux présager qu’elle va mal le prendre… Ainsi, vous n’êtes pas responsable si quelqu’un piétine votre confiance. Ca la regarde… En revanche, vous êtes responsable de l’effet que cela vous fera : vous pouvez vous dire par exemple « je ne donnerai plus ma confiance à qui que ce soit, les gens sont méchants » mais vous pouvez aussi vous dire « ce n’est pas grave, cette personne ne me convient pas, je passe mon chemin car je sais qu’il existe d’autres personnes sur la planète qui sont dignes de ma confiance » .

      Bien sûr, vous avez raison, nous pouvons nous tromper. Mais devons-nous rester caché chez soi au risque de nous tromper sur les personnes que l’on va rencontrer ? Non, il nous est vital de continuer de donner.

      Tout ceci pour développer ce que vous dites si justement en quelques mots à la fin : «  se tenir en responsabilité face à la réponse qui nous est faite par rapport à ce que nous avons donné »

      C’est un sujet très passionnant 🙂 Merci encore pour cette contribution 🙂

  4. Bonjour Emily,

    Merci pour votre réponse guidée par une grande gentillesse, douceur de ton qui sont, je vous l’écris sincèrement, très agréables à la lecture.
    Et puis merci aussi d’avoir pris le temps, tout simplement, de me répondre.
    Mon souhait, je vous le confie, soit que ces qualités de don gratuit et de gentillesse demeurent en dépit de nos divergences de points de vue…. car oui, je dois aussi le dire, aussi précautionneusement qu’il m’est possible de le faire, je reste en état de perplexité sur certains points.
    Ce qui en soit n’est pas grave. Pas grave du tout.
    Mais bon, je tenais juste à revenir sur ces quelques points de votre réponse, pour vous faire une proposition différente de la façon d’envisager la notion de responsabilité.
    Après, nos libertés de pensée respectives feront le reste… car il n’y a bien sûr aucune obligation qui vous est faite de vous ranger à mon point de vue (et heureux-se-ment!!!!).

    Je voulais revenir précisément sur le paragraphe: “C’est à dire que c’est moi qui choisis de souffrir ou de rire de ce qui m’est dit. C’est donc moi qui suis responsable de mon état intérieur. Ce n’est pas une notion forcément facile à appréhender. Mais quand on commence à la comprendre, alors on comprend qu’on a du pouvoir sur ce qui nous arrive : je peux choisir de me laisser à la souffrance, ou bien je peux choisir une autre réaction.”
    De manière spontanée, sans réflexion argumentation creusée, je vous réponds que non, nous n’avons pas le choix de notre réaction face à ce qui nous est dit, ou plus largement face à ce qui nous est fait.
    Je pense, profondément, que nous ne l’avons pas. Car le mal qui nous atteint est dotée de sa propre intelligence et de sa propre puissance d’impact et qu’il sait exactement où nous toucher, comment nous toucher et cela, avec toute l’intensité dont il est chargé.
    Ne nous leurrons pas, et souvent je me le répète dans de gros soupirs: le mal atteint sa cible. Penser le contraire revient à se penser plus fort que lui, ce qui, à mon sens, est une illusion redoutable.
    Je me permets d’insister là-dessus: illusion re-dou-ta-ble.
    Car l’illusion fragilise, donc elle nous surexpose au mal alors que naturellement, nous déambulons déjà en terrain découvert. C’est ce qu’on pourrait appeler la multiplication des risques…Ouh la la….

    Néanmoins, il existe bien une notion de choix, mais je ne la situe pas au même endroit que vous. Face au mal, nous n’avons pas d’autre choix que de souffrir et nous souffrons.
    Un père, une mère, dont l’enfant a été emporté par la folie d’un assassin sera, inévitablement, plongé dans une souffrance intense, profonde, omniprésente. Il ou elle se sentira, inévitablement, “fracassé” par cette épreuve.
    Il ou elle n’aura pas le choix de son état intérieur. Mais en cheminant longuement et intensément dans cette souffrance, se posera un jour la question de ce qu’il doit faire, de ce qu’il peut faire, de cette douleur profonde.
    Et là, oui, se posera alors la question du choix. Et des questions qui guident le choix:

    La souffrance est-elle là pour que nous prenions appui sur elle et allions à la rencontre de nous mêmes puis des autres? Comme par exemple ces parents qui prennent, des années après le drame, d’aller à la rencontre de prisonniers dans le cadre de la justice restauratrice…
    Ou bien cette souffrance a-t-elle pour vocation de détruire tout de manière irrémédiable, s’alignant en cela sur les intentions profondes des assassins eux-même qui ont généré le malheur dans la vie d’autrui.

    Voilà donc où je voulais en venir.
    Je ne pense pas qu’en tant qu’êtres humains nous ayons le choix entre la souffrance et le rire.
    Et même, nous n’avons pas le choix de la souffrance tout court.
    La souffrance existe et elle est incontournable.
    Et non, nous n’en portons pas la responsabilité. Car elle est, de fait, inextricablement liée à notre destinée d’êtres humains.
    Ce qui, de mon point de vue, change la place de la notion de responsabilité.
    Car ce qui m’apparaît être en charge de la création de la souffrance, ce n’est pas notre responsabilité. Mais notre destin.
    Ensuite, oui, la notion de responsabilité intervient. A savoir quels choix allons-nous opérer face à ce qui nous est imposé, et notamment quels cheminements allons-nous faire au travers de la souffrance qui nous arrive par le biais du mal. Que ce soit notre mal à nous ou celui des autres d’ailleurs. Peu importe.

    Bon, c’était le premier point que je souhaitais rapidement aborder. Il en reste un second, qui porte sur le passage: “, Je ne suis pas responsable de ce que l’autre me dit, me fait, ou pense de moi à l’inverse, je peux dire ou faire ce que je veux à l’autre, je ne suis pas responsable non plus de l’impact que cela aura chez l’autre.”
    Il y a deux notions qui se côtoient: l’action et le ressenti de l’action. Autrement dit: nos actes et la conséquence de nos actes.
    Lorsque vous écrivez” Je ne suis pas responsable de ce que l’autre me dit, me fait, ou pense de moi” oui, c’est vrai, nous ne sommes pas responsables de l’action ni des représentations symboliques des autres.
    En revanche, je suis réservée sur la suite de vos propos :” je peux dire ou faire ce que je veux à l’autre, je ne suis pas responsable non plus de l’impact que cela aura chez l’autre “.

    La logique de cette phrase sous-tend que nous serions responsables de nos actions mais pas de leurs conséquences, notamment du ressenti induit par nos actions/paroles bonnes ou mauvaises. On segmente l’action et sa conséquence.

    Mais est-ce vraiment possible? Et pourquoi cette division, dont, dans la phrase suivante, vous soulignez la limite ” Mais ne nous cachons pas derrière notre petit doigt : si j’insulte cette personne, c’est sûr que je ne lui fais pas de bien et je peux présager qu’elle va mal le prendre…”
    Vous-même avez senti une pierre d’achoppement dans la logique de la phrase précédente.
    Et justement, c’est cette pierre d’achoppement qui est intéressante.
    Comment aller explorer cette limite/contradiction interne pour en faire ressortir , ce que l’on pourrait appeler, avec beaucoup d’ambition, une vérité?

    C’est toujours plus intéressant d’aller là où ça gratte la cervelle car de toute évidence, c’est là que se passe quelque chose.

    Voilà voilà la réponse qu’il m’a été possible de vous faire en cette matinée d’octobre. J’espère qu’elle n’est ni trop longue, ni trop barbante à lire. Dans tous les cas, ce que je peux vous dire, c’est qu’elle part d’une bonne intention et qu’en conséquence j’espère qu’elle vous apparaisse, dans une mesure qu’il vous reste à déterminer, porteuse d’une réflexion qu’il est toujours possible de creuser.

    Très bonne journée à vous

    Janet

    1. Bonsoir Janet,

      Je vous remercie pour votre commentaire encore enrichissant et qui me fait réfléchir 🙂

      Nous n’avons aucune obligation de souffrir, c’est un de mes chevaux de bataille à travers ce blog. Est-ce que vous connaissez Byron Katie ? J’ai fait la chronique de son livre qui a changé ma vie ici si cela vous intéresse : https://des-livres-pour-changer-de-vie.com/aimer-ce-qui-est/ Byron Katie nous dit que « la souffrance est une option dans dans la vie » et je pense qu’elle a raison. Cette femme est un grand sage pour moi, c’est un Bouddha. Elle m’a permis d’ouvrir des portes à l’intérieur de moi où j’ai découvert un monde d’amour, là où je ne pensais qu’il n’y avait que haine, souffrance, colère, etc…

      Ce que je voulais dire quand j’écris que je ne suis pas responsable de l’impact qu’auront mes dires chez l’autre et « ne nous cachons pas derrière notre petit doigt : si j’insulte cette personne, c’est sûr que je ne lui fais pas de bien et je peux présager qu’elle va mal le prendre » c’est que si je suis méchante avec l’autre, je ne dois pas m’étonner s’il le prend mal et qu’il n’est pas sympa avec moi en retour !
      Je choisis ma façon de m’adresser à l’autre. Est-ce que je veux récolter plus de gentillesse ou plus de méchancetés ? C’est à chacun de voir 🙂

  5. Bonjour Emily,

    Je vous remercie pour votre réponse.

    Mais je dois vous confier que ma perplexité s’approfondit.
    Je ne connais pas Byron Katie. Je ne peux donc commenter ses écrits. Peut-être devrais-je lire cet auteur pour me faire ma propre opinion.
    Néanmoins, dans l’immédiat, je peux vous proposer une analyse de la phrase “la souffrance est une option dans la vie” telle que vous la proposez sur votre blog, phrase qui revient à dire que nous souffrons parce-que nous avons choisi la mauvaise option.

    Je commence par prendre un exemple qui s’appuie sur cette phrase:
    Un assassin entre dans votre maison. Il tue votre famille sous vos yeux. Vous souffrez. Mais c’est de votre faute. Vous avez choisi la mauvaise option. Vous pouviez chanter une chanson rigolote au moment des faits.

    Le pire dans tout cela, c’est que même avec cet exemple extrême, je n’ai pas le sentiment de caricaturer la phrase “la souffrance est optionnelle”.
    Cette phrase, dans son sens le plus profond, sous-tend réellement que la pire des barbarie n’est pas génératrice de souffrance.
    La seule réalité génératrice de souffrance en ce monde, c’est nous.

    Ce qui revient à dire qu’aucune souffrance ne mérite d’être entendue.
    Pas d’écoute, pas d’empathie, pas de compassion possibles.
    Avec en prime, le déni de la légitimité de la souffrance réellement vécue.
    Et mieux que tout, mieux que tout!!! pour la personne victime d’injustice: le jugement de valeur.
    Ce qui pourrait donner, dans un entretien avec une psychologue imprégnée du concept de souffrance optionnelle: “Madame, vous souffrez, non pas parce que votre famille a été décimée par la folie d’un assassin, mais parce que vous avez vous-même fait le choix de la souffrance. Vous êtes incapable de gérer vos émotions en faisant les bons choix. ” ce qui revient à sous-entendre très clairement :”Vous n’êtes pas maître de vous-même, grosse nullarde!”

    Vous savez Emily, je vous l’écris en toute clarté:
    une souffrance non entendue est une souffrance qui se démultiplie,
    une souffrance méprisée est une souffrance qui se démultiplie,
    une souffrance jugée comme l’on jugerait un caprice est une souffrance qui se démultiplie
    et la souffrance démultipliée à l’infini se transforme tôt ou tard en VIOLENCE.

    La phrase qui dit que “la souffrance dans la vie est optionnelle”, énoncée comme cela, sans garde-fous ni précaution intellectuelle préalable, est une phrase porteuse de violence symbolique.

    Maintenant, vous m’écrivez que cette phrase, compte tenu que vous considérez son auteur comme un Bouddha, revêt quelque part, un caractère sacré.
    Là encore, Emily, il convient de faire la part des choses. Je ne pense pas que l’auteur de cette phrase se soit auto proclamé Grand Sage.
    Donc osons désacraliser! Osons désacraliser!
    Et désacralisons ensemble, si vous en êtes d’accord, le concept de souffrance optionnelle!
    Ce concept n’est pas une vérité sacrée. Ce concept n’est qu’une opinion, qui peut être débattue parmi d’autres opinions.
    Ce que j’ai fait d’ailleurs.

    Si nous avions été face à une vérité réellement sacrée, de l’ordre de la vérité absolue, je vous le dis aussi en toute franchise, le “concept” , mis à l’épreuve de la discussion, aurait été autrement plus coriace.
    Il existe des vérités, qui tiennent toutes seules, indifférentes à nos argumentaires, indéboulonnables par la raison.
    Des vérités d’ordre transcendantal, oui.
    Et la phrase “la souffrance est une option dans la vie”, encore une fois, n’appartient pas à ces vérités d’ordre supérieur.

    Donc osons ensemble la remise en question!!!! Et cela en toute bienveillance!

    Bon, je regarde ma montre et je vois que le temps passe. Sur ces bonnes paroles, comme disaient nos grands mères, je dois vous laisser, non sans vous souhaiter une réflexion heureuse et féconde, et bien sûr en vous souhaitant aussi un bon week-end perfusé d’ondes positives!

    Janet

  6. Bonjour Emily,

    Je vous écris pour vous informer que j’ai pris le temps hier de prendre connaissance des travaux de l’auteur citée dans votre article.
    Au visionnage des vidéos et à la lecture du lien que vous avez joint à votre dernier message, il m’apparait que je ne peux adhérer en rien à la doctrine proposée par cette femme.
    Je n’ai pas d’opinion supplémentaire à livrer par rapport à mon précédent message, qui énonçait très clairement mes réserves. Réserves que je maintiens entièrement, complètement et définitivement.

    J’ai vu que vous n’avez pas répondu à mon précédent message. Ce n’est bien sûr pas un reproche mais le silence ne permet pas de clore l’échange de manière satisfaisante.

    Il ne sera, de toute évidence, au vu de ce que j’ai lu et visionné, pas possible d’aller plus avant dans les échanges. Conservons néanmoins “les formes”. A titre personnel, j’accorde de l’importance à la politesse, et il me semble important de quitter ce blog poliment, en vous souhaitant une continuation féconde qui vous mène avec aisance aux remises en question qu’une vie équilibrée charrie naturellement dans ses flots spirituels.

    Bien évidemment, si vous souhaitez supprimer tous mes messages, je n’y vois aucun problème.
    C’est votre blog et vous êtes maître à bord. Sachez simplement que vous ne froisserez aucunement mon ego (je dis cela pour vous faciliter les choses.)

    Bien à vous et bonne continuation

    Janet

  7. Merci pour cet article.
    J’aimerais relancer un peu le fil des commentaires, en répondant à Janet.
    Je pense que l’auteur de ce billet ne nie pas l’existence de la souffrance, à aucun moment.
    J’adhère avec enthousiasme à l’idée d’avoir le choix entre souffrir ou non. Tout comme l’ont fait les contributeurs précédents dans leurs commentaires, et comme quiconque le fait dans la vie tout simplement, je m’appuie sur mon vécu pour énoncer mon point de vue.
    L’effet libérateur qui me semble important ici réside précisément dans l’acceptation de cette idée selon laquelle le choix nous appartiendra toujours de souffrir ou non. La souffrance peut être démultipliée Janet, certes, mais surtout dans les cas où nous faisons le choix de l’alimenter, ce qui peut nous donner l’illusion qu’elle est incurable.
    Et nous faire passer la “ligne de guérison” sans même la voir. Cette ligne pourtant est capitale, à condition de s’écouter, de s’observer suffisamment pour reconnaître le moment où justement on est assez fort pour décider de ne plus avoir mal.
    La roue tourne, mais jamais pour ceux qui ne la regardent pas.

    1. Merci Laurent pour avoir relancé le débat d’une manière profonde, sur ce sujet sensible 🙂

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