Développer sa puissance intérieure

Le déclic qui a changé ma vie

C’était un jour de ciel bleu. Nous étions début juillet, il faisait chaud. A cette époque-là, je vivais dans le centre-ville de Toulouse. Je venais de partir de chez ma mère pour aller vivre dans un petit appartement prêté par un copain qui venait d’emménager avec son compagnon.

J’errais dans les rues, tête baissée. Je revenais du lycée où j’avais découvert que j’étais sur la liste des gens qui devaient encore se taper des révisions pour passer la repêche du bac. Ca fout la honte de se retrouver sur cette liste. Vaut mieux encore se retrouver sur aucune liste, pensais-je alors. Et puis, allais-je avoir mon bac ?

le déclic qui a changé ma viePour la énième fois, je me sentais mise à l’écart. Ca me tordait le ventre. Je trouvais ça tellement injuste, moi qui avais vécu des trucs très durs. Pourquoi la vie n’était-elle pas plus douce avec moi ? Pourquoi est-ce qu’elle m’en faisait autant baver ? Qu’est-ce que j’avais fait pour mériter une vie pareille ? J’avais pourtant l’impression de me battre et de bien faire les choses…

J’ai quand même eu mon bac. Tout juste, car j’avais beaucoup de points à rattraper. Je ne l’ai pas fêté. Tout ce que je ressentais, c’était des angoisses, des doutes et des inquiétudes. Qui étais-je ? Qu’allais-je faire de ma vie ? Comment allais-je gagner de quoi manger et payer un loyer ? Malgré les souffrances qui me torturaient l’esprit, quelque part au fond de moi, brûlait une petite flamme qui éclairait les images floues d’une femme qui était épanouie dans sa vie, une femme heureuse et comblée…

L’errance

Mes parents ont fait ce qu’ils ont pu mais personne ne m’a appris à me protéger : je n’avais appris que la culpabilité, la tristesse, la haine, la fatalité, le conflit, les émotions refoulées, etc… J’avais 18 ans et pas vraiment d’armes pour affronter la vie. Je venais de quitter ma mère, il n’était pas question d’aller vivre chez mon père. Mais je me suis rapprochée de lui, je suis retournée vivre dans le Pas-de-Calais, à Béthune. Je me suis inscrite en fac de géographie à Arras, où je suis allée peut-être deux fois. Ben oui, j’ai voulu faire des démarches administratives pour je ne sais plus quoi à la fac, et je me suis rendue compte que je n’étais même pas inscrite. Pour quelles raisons ils n’avaient pas pris mon inscription en compte ? Je n’en savais rien et ça m’était égal.

le déclic qui a changé ma vieEncore une fois, on ne voulait pas de moi.

Je suis rentrée chez moi, dans mon petit studio. Je suis allée partout où je pouvais aller à pied pour chercher du travail. Personne ne voulait de moi. Personne ne voulait me faire confiance. Heureusement que mon père m’aidait financièrement. Puis j’ai fini par trouver un boulot de merde dans un kebab de merde où je travaillais au black pour 100 francs par jour, environ 70 heures par semaine. C’était tout ce que j’avais trouvé… Ils ont fini par me jeter comme une pauvre merde… Mais je commençais à m’habituer à cette vie, dans le sens où elle me faisait moins peur. Et puis je sentais toujours cette petite flamme au fond de moi qui brûlait.

Pendant 4 ans, j’ai erré de petits boulots en cours irréguliers à la fac, entre Béthune et Toulouse. J’ai travaillé dans un PMU, aux impôts, j’ai été plongeuse sur une péniche, serveuse dans un resto chinois, dans un Flunch… Je me voyais travailler dans l’environnement, puis j’ai fait de la psycho, de l’histoire… Je recherchais sans cesse cette femme dont je voyais les contours flous au fond de moi…

Ainsi, je ne restais jamais bien longtemps au même endroit. Je n’étais jamais à ma place. Mais je croyais que c’était de mon fait, que c’était moi qui n’étais pas adaptée à la vie.

Le déclic qui a changé ma vie

Puis, j’ai trouvé un boulot en tant que caissière dans un supermarché qui s’appelait à l’époque Champion. C’est le meilleur travail que j’avais trouvé depuis le début. Du coup, je me sentais mieux dans ma tête. Et voilà qu’un jour, alors que je ne cherchais plus rien, j’étais à ma caisse, en train de machinalement passer des articles au scanner, lorsque j’ai eu une révélation. Un déclic.

« Mais oui ! Je sais ce que j’aime faire ! C’est tellement évident !!… J’adore écouter les gens ! J’adore essayer de comprendre leur vie, analyser leurs attitudes, essayer de percevoir ce qu’ils ressentent, et puis tenter de leur donner un peu de baume au coeur ! »

le déclic qui a changé ma vieOui, ça a été un déclic. Comme si tout d’un coup tout devenait évident ! Comme si tout d’un coup le brouillard qui avait envahi ma tête se dissipait ! Les contours flous de cette femme que je voyais à la lueur de la petite flamme qui brûlait au fond de moi se précisaient… Je me rendais compte que j’aimais écouter les gens qui passaient à ma caisse, écouter ces personnes pour lesquelles la vie était difficile. Je ne pouvais que les comprendre ! J’avais eu une vie tellement dure pendant des années !

Je me suis alors rappelé que j’aimais faire ça depuis longtemps. Que je suis touchée par les personnes qui souffrent, qui sont rejetées, les personnes qui paraissent fragiles. Quelque chose m’attire à elles, alors que personne ne semble les voir…

Vite vite vite ! Je suis allée à l’ANPE (c’était le Pôle Emploi de l’époque) où je savais qu’ils avaient des classeurs remplis de fiches métiers (c’était en 2000, on ne se servait pas encore d’Internet). J’ai vite trouvé : je suis tombée sur la fiche du métier d’assistante sociale, et là, ça a été encore un autre déclic !! « C’est exactement ça que je veux faire ! C’est complètement moi ce qui est écrit là !! »

Je n’en revenais pas de lire ce qui était écrit ! J’avais les yeux écarquillés en constatant à quel point cela me correspondait.

La cascade

Tout s’est enchaîné : je me suis inscrite à des cours par correspondance au CNED pour préparer le concours d’entrée à l’école d’assistante sociale (qui est réputé être difficile et très sélectif). Dans mon entourage, tellement de personnes se moquaient de moi ! Je vous en ai parlé dans cet article. J’en avais rien à foutre de ce qu’on pouvait me dire ! Trop dur pour moi ? Je m’en fous.

J’étais comme transportée par une confiance que je n’avais jamais ressentie avant. Transportée par quelque chose qui m’appelait et contre quoi je ne pouvais pas lutter. Et contre toute attente, j’ai eu le concours dans les 2 écoles où je me suis présentée ! J’ai même eu 38/40 à l’oral de l’école où j’ai choisi d’aller : celle de Lille.

Je n’en revenais pas ! Je me disais « c’est pas possible ! Je suis reçue pour entrer à l’école d’assistante sociale et en plus avec 38/40 à l’oral ! » Je relisais le papier sans cesse pour vérifier que je ne me trompais pas. Mais c’était bien ça 🙂 C’était bien MOI qui avait réussi !

A l’ANPE, je suis tombée sur un conseiller merveilleux qui croyait en mon projet, qui m’a aidée comme un malade pour trouver des financements. Mon papa m’a aidée aussi financièrement.

Après un an passé à l’école, j’ai quitté mon copain avec qui je vivais depuis 6 ans. On ne se reconnaissait plus. Je devenais quelqu’un d’autre. J’ai aussi quitté la campagne du Pas-de-Calais et je suis partie vivre à Lille. J’ai fait mes études en 4 ans. L’école de Lille nous permet cela (normalement c’est 3 ans) : faire ses études à temps partiel pour avoir un boulot à côté. Je faisais mes études, j’étais auxiliaire de vie le week-end chez des personnes âgées, et j’ai aussi obtenu une bourse du Conseil Régional.

Puis, en juin 2005, au bout des 4 ans, je me suis retrouvée devant un panneau d’affichage avec des listes, un panneau semblable à celui du bac. Il y avait la liste des reçus au diplôme et la liste de ceux qui partaient à la repêche. J’avais une boule au ventre, les mauvais souvenirs de regarder les listes du bac me revenaient en mémoire. Sauf que là, j’étais sur la bonne liste : j’ai eu mon diplôme d’assistante sociale avec une moyenne de 13/20 🙂

Là, je me suis mise à pleurer, pleurer, pleurer. Tout le monde me regardait, et ça m’était complètement égal. Je pleurais tellement que mon père ne comprenait pas au bout du fil si j’avais eu mon diplôme ou pas. Il n’arrêtait pas de me dire “mais tu l’as eu ou pas ? J’arrive pas à comprendre !” avec un sourire… Il avait dû comprendre…

La transformation

Qui l’eut crû ? Peut-être des personnes proches. Mais c’est surtout moi qui a cru en moi. Il n’y a que moi qui a cru profondément que j’allais y arriver. C’est ce petit quelque chose, cette petite flamme qui éclairait les images de la femme que je voulais devenir. J’ai passé des années à la chercher cette femme, et j’ai fini par la trouver. Il faut croire en soi, personne ne peut le faire à notre place.

Et persévérer.

Ce qu’il faut retenir

Ce déclic a changé ma vie. Il m’a permis :

  • d’accéder à un diplôme qualifiant
  • d’exercer un métier passionnant
  • de devenir indépendante financièrement et psychologiquement
  • de transformer mes souffrances en quelque chose de puissant pour être au plus près des souffrances des autres et leur servir de tremplin pour aller vers leur propre épanouissement

Aujourd’hui, je suis tellement heureuse ! Au moins autant que j’ai pu être malheureuse …

Le déclic qui a changé ma vie

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Emily

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Note : cet article a été écrit pour un carnaval d’articles pour le blog de Virginie : “une chose par jour, se libérer d’une relation abusive ou violente”

Pour mémoire, un carnaval d’articles, c’est un sujet qui est lancé par un blogueur et sur lequel toute personne qui possède un blog peut participer en écrivant un article.

L’intérêt pour le lecteur est de découvrir des points de vue différents sur un même thème, et pour les blogueurs l’intérêt est double puisque le carnaval permet de se faire connaître auprès d’un lectorat qu’ils n’auraient pas atteint d’une autre façon, et de créer aussi des liens avec les autres blogueurs.

11 thoughts on “Le déclic qui a changé ma vie

  1. Bonjour,
    Merci pour ce beau témoignage !
    Il est des moments dans la vie où tout semble prendre un sens, tout s’éclaire !
    C’est un bel exemple que tu nous donnes.
    Croire en soi, voilà ce que je retiendrai de ton article …

    Bien à toi

    1. Bonjour Caroline,

      Oui, croire en soi, qui que l’on soit, où que l’on soit, c’est la base de tout. C’est essentiel pour moi de montrer par mon exemple que tout est possible 🙂

  2. Bravo Emily de t’être battue pour trouver ta force intérieure!
    Ton chemin n’a pas été très direct… 🙂 , mais on reconnaît bien dans ton texte que ta victoire n’en a que plus de valeur!
    Le sens de l’écoute et de l’empathie dont tu parles comme tes qualités sont bien présents dans tous tes articles. Tu as oublié de mentionner ton don pour le partage… mais ça, nous le savions déjà aussi!
    Merci pour ce bel article qui est une très belle contribution au carnaval de mon blog.

    1. Merci Virginie pour ton commentaire 🙂 Ca fait maintenant 12 ans que j’ai ce diplôme, et j’apprécie encore tous les jours la vie que je mène. Oui, ma victoire a une valeur immense !

      Je te remercie pour ce sujet qui m’a beaucoup inspirée 🙂

  3. Un récit émouvant, félicitations pour tous ces efforts qui ont permis de devenir ce que tu étais vraiment !

  4. Témoignage très inspirant : j’en ai été émue!…
    Tu as réussi à transformer ta vie et tu peux te féliciter pour cela. Au plaisir d’échanger avec toi et te faire part de mon parcours!

  5. Beau témoignage, il n’est pas toujours facile de trouver son chemin. Mais il n’y a pas d’âge, après une carrière de fonctionnaire, je travaille depuis 14 ans dans l’aide à la personne.
    Merci de partager tes expériences sur ton blog.

    1. Merci Nadine 🙂 Je suis heureuse que vous me disiez qu’il n’y a pas d’âge 🙂 Tellement de personnes se disent « oh à mon âge, je ne vais quand même pas changer » et je pense que c’est bien dommage.

  6. […] dans son article : “Le déclic qui a changé ma vie” comment son errance s’est transformée le jour où elle a compris pour quoi elle était faite. […]

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