Réalisation de soi, Se libérer de ce qui nous pèse

Le déclic qui a changé ma vie

Je participe à nouveau à un carnaval d’articles proposé cette fois-ci par Virginie, du blog Une chose par jour, pour se libérer d’une relation abusive ou violente.

Pour mémoire, un carnaval d’articles, c’est un sujet qui est lancé par un blogueur et sur lequel toute personne qui possède un blog peut participer en écrivant un article.

L’intérêt pour le lecteur est de découvrir des points de vue différents sur un même thème, et pour les blogueurs l’intérêt est double puisque le carnaval permet de se faire connaître auprès d’un lectorat qu’ils n’auraient pas atteint d’une autre façon, et de créer aussi des liens avec les autres blogueurs.

J’adore cette idée 🙂

Alors aujourd’hui, je vais vous raconter une histoire….

“le déclic qui a changé ma vie”

🌺🌺🌺🌺

Tout commence dans le désespoir

C’était un jour de ciel bleu. Nous étions début juillet, il faisait chaud. A cette époque-là, je vivais dans le centre-ville de Toulouse. Je venais de partir de chez ma mère pour aller vivre dans un petit appartement prêté par un copain qui venait d’emménager avec son compagnon.

J’errais dans les rues, tête baissée. Je revenais du lycée où j’avais découvert que j’étais sur la liste des gens qui devaient encore se taper des révisions pour passer la repêche du bac. Ca fout la honte de se retrouver sur cette liste. Vaut mieux encore se retrouver sur aucune liste, pensais-je alors. Et puis, allais-je avoir mon bac ?

Pour la énième fois, je me sentais mise à l’écart. Ca me tordait le ventre.

Je trouvais ça tellement injuste, moi qui avais vécu des trucs très durs. Pourquoi la vie n’était-elle pas douce avec moi ? Pourquoi est-ce qu’elle m’en faisait baver autant ? Qu’est-ce que j’avais fait pour mériter une vie aussi dure ? J’avais pourtant l’impression de me battre et de bien faire les choses…

J’ai quand même eu mon bac. Tout juste, car j’avais beaucoup de points à rattraper.

Je ne l’ai pas fêté. Tout ce que je ressentais c’était des angoisses, des doutes, des inquiétudes.

Qui étais-je ? Qu’allais-je faire de ma vie ? Comment allais-je gagner de quoi manger et payer un loyer ?

J’étais dans des questions qui me tourmentaient, et en même temps je ne voulais plus de la vie que j’avais eu jusqu’alors. Non non non !

Malgré les souffrances dans lesquelles je vivais, quelque part au fond de moi, brûlait une petite flamme qui éclairait les images floues d’une femme qui était épanouie dans sa vie, une femme heureuse et comblée…

Quelque part au fond de moi brûlait une petite flamme
Quelque part au fond de moi brûlait une petite flamme

L’errance

Mes parents ont fait ce qu’ils ont pu mais personne ne m’a appris à me protéger : je n’avais appris que la culpabilité, la tristesse, la haine, la fatalité, le conflit, la colère refoulée, l’instabilité, etc… J’avais 18 ans et pas vraiment d’armes pour affronter la vie.

Je venais de quitter ma mère, il n’était pas question d’aller vivre chez mon père. Mais je me suis rapprochée de lui, je suis retournée vivre dans le Pas-de-Calais, à Béthune.

Je me suis inscrite en fac de géographie à Arras, où je suis allée peut-être deux fois. Ben oui, j’ai voulu faire des démarches administratives pour je ne sais plus quoi à la fac, et je me suis rendue compte que je n’étais même pas inscrite. Pour quelles raisons ils n’avaient pas pris mon inscription en compte ? Je n’en savais rien et ça m’était égal.

Encore une fois, on ne voulait pas de moi.

Je suis rentrée chez moi, dans mon petit studio.

Je suis allée partout où je pouvais aller à pied pour chercher du travail. Personne ne voulait de moi. Personne ne voulait me faire confiance. Heureusement que mon père m’aidait financièrement.

Puis j’ai fini par trouver un boulot de merde dans un kebab de merde où je travaillais au black pour 100 francs par jour, environ 70 heures par semaine. C’était tout ce que j’avais trouvé… Ils ont fini par me jeter comme une pauvre merde…

Mais je commençais à m’habituer à cette vie, dans le sens où elle me faisait moins peur. Et puis je sentais toujours cette petite flamme au fond de moi qui brûlait.

Pendant 4 ans, j’ai erré de petits boulots en cours irréguliers à la fac, entre Béthune et Toulouse.

J’ai travaillé dans un PMU, aux impôts, j’ai été plongeuse sur une péniche, serveuse dans un resto chinois, dans un Flunch… Je me voyais travailler dans l’environnement, puis j’ai fait de la psycho, de l’histoire, etc…

Je recherchais inlassablement cette femme dont je voyais les images floues au fond de moi…

Ainsi, je ne restais jamais bien longtemps au même endroit. Je n’étais jamais à ma place. Mais je croyais que c’était de mon fait, que c’était moi qui n’étais pas adaptée à la vie.

Des années pendant lesquelles j’ai erré sans jamais trouver ma place
Des années pendant lesquelles j’ai erré sans jamais trouver ma place

L’évidence

Puis, j’ai trouvé un boulot en tant que caissière dans un supermarché qui s’appelait à l’époque Champion. C’est le meilleur travail que j’avais trouvé depuis le début.

Du coup, je me sentais mieux dans ma tête.

Et voilà qu’un jour, alors que je ne cherchais plus rien, j’étais à ma caisse, en train de machinalement passer des articles au scanner, lorsque j’ai eu une révélation.

Un déclic.

« Mais oui ! Je sais ce que j’aime faire ! C’est tellement évident !! J’adore écouter les gens ! J’adore essayer de comprendre leur vie, d’analyser leurs attitudes, essayer de percevoir ce qu’ils ressentent, et puis tenter de leur donner un peu de baume au coeur ! »

Oui, ça a été un déclic. Comme si tout d’un coup tout devenait évident ! Comme si tout d’un coup le brouillard qui avait envahi ma tête se dissipait !

Les contours flous de cette femme que je voyais à la lueur de la petite flamme qui brûlait au fond de moi se précisaient…

Je me rendais compte que j’aimais écouter les gens qui passaient à ma caisse, écouter ces personnes pour lesquelles la vie était difficile. Je ne pouvais que les comprendre ! J’avais eu une vie tellement dure pendant des années !

Je me suis alors rappelé que j’aimais faire ça depuis longtemps. Que je suis touchée par les personnes qui souffrent, qui sont rejetées, les personnes qui paraissent fragiles. Quelque chose m’attire à elles, alors que personne ne semble les voir…

Vite vite vite ! Je suis allée à l’ANPE (c’est le Pôle Emploi de maintenant) où je savais qu’ils avaient des classeurs remplis de fiches métiers (c’était en 2000, on ne se servait pas encore d’Internet). J’ai vite trouvé : je suis tombée sur la fiche du métier d’assistante sociale, et là, ça a été encore un autre déclic !! « C’est exactement ça que je veux faire ! C’est complètement moi ce qui est écrit là !! »

Je n’en revenais pas de lire ce qui était écrit ! J’avais les yeux écarquillés en  constatant à quel point cela me correspondait.

Avec le déclic, c’est comme si le brouillard qui avait envahi ma tête se dissipait
Avec le déclic, c’est comme si le brouillard qui avait envahi ma tête se dissipait

La cascade

Tout s’est enchaîné : je me suis inscrite à des cours par correspondance au CNED pour préparer le concours d’entrée à l’école d’assistante sociale (qui est réputé être difficile et très sélectif). Dans mon entourage, tellement de personnes se moquaient de moi ! Je vous en ai parlé dans cet article. J’en avais rien à faire de ce qu’on pouvait me dire. Trop dur pour moi ? Je m’en fous.

Des fois, faut pas se poser de questions. Faut y aller, c’est tout.

En plus, je m‘étais déjà assez posé de questions pendant des années !

J’étais comme transportée par une confiance que je n’avais jamais ressentie avant. Transportée par quelque chose qui m’appelait et contre quoi je ne pouvais pas lutter.

Et contre toute attente, j’ai eu le concours dans les 2 écoles où je l’ai passé ! J’ai même eu 38/40 à l’oral de l’école où j’ai choisi d’aller : celle de Lille.

Je n’en revenais pas ! Je me disais « c’est pas possible ! Je suis reçue pour entrer à l’école d’assistante sociale et en plus avec 38/40 à l’oral ! » Je relisais le papier sans cesse pour vérifier que je ne me trompais pas. Mais c’était bien ça 🙂 C’était bien MOI qui avait réussi !

A l’ANPE, je suis tombée sur un conseiller merveilleux qui croyait en mon projet, qui m’a aidée comme un malade pour trouver des financements. Mon papa m’a aidé aussi financièrement.

Après un an passé à l’école, j’ai quitté mon copain avec qui je vivais depuis 6 ans. On ne se reconnaissait plus. Je devenais quelqu’un d’autre.

J’ai aussi quitté la campagne du Pas-de-Calais et je suis partie vivre à Lille.

J’ai fait mes études en 4 ans. L’école de Lille nous permet cela (normalement c’est 3 ans) : faire ses études à temps partiel pour avoir un boulot à côté. Je faisais mes études, j’étais auxiliaire de vie le week-end chez des personnes âgées, et j’ai aussi obtenu une bourse du Conseil Régional.

Puis, en juin 2005, au bout des 4 ans, je me suis retrouvée devant un panneau d’affichage avec des listes, un panneau semblable à celui du bac. La liste des reçus au diplôme et la liste de ceux qui partent à la repêche.

J’avais une boule au ventre, les mauvais souvenirs de regarder les listes du bac me revenaient en mémoire.

Sauf que là, j’étais sur la bonne liste : j’ai eu mon diplôme d’assistante sociale avec une moyenne de 14/20 🙂

Là, je me suis mise à pleurer, pleurer, pleurer. Tout le monde me regardait, ça m’était complètement égal. Je pleurais tellement que je n’arrivais pas à articuler au téléphone pour dire à mon père que j’avais eu mon diplôme. Il n’arrêtait pas de me dire au bout du fil “mais tu l’as eu ou pas ? J’arrive pas à comprendre !” avec un sourire, car en fait il avait dû comprendre…

Des fois, faut pas se poser de questions. Faut y aller, c'est tout.
Des fois, faut pas se poser de questions. Faut y aller, c’est tout.

La transformation

Qui l’eut crû ?

Peut-être des personnes proches de mon entourage.

Mais c’est surtout moi qui a cru en moi.

Il n’y avait que moi qui croyais profondément que j’allais y arriver. C’est ce petit quelque chose, cette petite flamme qui éclairait les images de la femme que je voulais devenir.

J’ai passé des années à la chercher cette femme, et j’ai fini par la trouver.

Il faut croire en soi, personne ne le fera à notre place.

Croire et persévérer. Jusqu’à ce que les choses deviennent naturelles. Une fois qu’on a trouvé ce que nous cherchions, tout vient à soi naturellement.

Ce déclic a complètement changé ma vie.

Non seulement il m’a permis :

  • d’accéder à une qualification qui fait que j’exerce un métier passionnant et enrichissant
  • de devenir indépendante financièrement et psychologiquement.
  • mais aussi et surtout, de transformer ce qui avait été pour moi des faiblesses, des difficultés, des angoisses, de la panique, du repli sur moi-même, en des forces que je développe de plus en plus et qui me permettent de comprendre ce que vivent les autres, de ne pas juger, de me mettre facilement à leur place.

Transformer mes faiblesses en forces pour que ceux qui en ont besoin puisent dedans, s’en servent pour transformer eux aussi leurs souffrances en joie de vivre.

Grâce à ce déclic, j’ai fait basculer toute l’énergie négative que j’avais accumulée en une énergie créative, lumineuse, qui me fait aller de l’avant et voir la vie avec beaucoup d’amour et de compassion.

Aujourd’hui, je suis tellement heureuse ! Au moins autant que j’ai pu être malheureuse …

Le déclic qui a changé ma vie
C’est grâce au déclic que j’ai transformé mes faiblesses en forces

 

Et vous, quel déclic a changé votre vie ? N’hésitez pas à nous le faire partager dans les commentaires 🙂

N’hésitez pas aussi à partager cet article s’il vous a plu pour en faire profiter un maximum de personnes 🙂

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10 thoughts on “Le déclic qui a changé ma vie

  1. Bonjour,
    Merci pour ce beau témoignage !
    Il est des moments dans la vie où tout semble prendre un sens, tout s’éclaire !
    C’est un bel exemple que tu nous donnes.
    Croire en soi, voilà ce que je retiendrai de ton article …

    Bien à toi

    1. Bonjour Caroline,

      Oui, croire en soi, qui que l’on soit, où que l’on soit, c’est la base de tout. C’est essentiel pour moi de montrer par mon exemple que tout est possible 🙂

  2. Bravo Emily de t’être battue pour trouver ta force intérieure!
    Ton chemin n’a pas été très direct… 🙂 , mais on reconnaît bien dans ton texte que ta victoire n’en a que plus de valeur!
    Le sens de l’écoute et de l’empathie dont tu parles comme tes qualités sont bien présents dans tous tes articles. Tu as oublié de mentionner ton don pour le partage… mais ça, nous le savions déjà aussi!
    Merci pour ce bel article qui est une très belle contribution au carnaval de mon blog.

    1. Merci Virginie pour ton commentaire 🙂 Ca fait maintenant 12 ans que j’ai ce diplôme, et j’apprécie encore tous les jours la vie que je mène. Oui, ma victoire a une valeur immense !

      Je te remercie pour ce sujet qui m’a beaucoup inspirée 🙂

  3. Témoignage très inspirant : j’en ai été émue!…
    Tu as réussi à transformer ta vie et tu peux te féliciter pour cela. Au plaisir d’échanger avec toi et te faire part de mon parcours!

  4. Beau témoignage, il n’est pas toujours facile de trouver son chemin. Mais il n’y a pas d’âge, après une carrière de fonctionnaire, je travaille depuis 14 ans dans l’aide à la personne.
    Merci de partager tes expériences sur ton blog.

    1. Merci Nadine 🙂 Je suis heureuse que vous me disiez qu’il n’y a pas d’âge 🙂 Tellement de personnes se disent « oh à mon âge, je ne vais quand même pas changer » et je pense que c’est bien dommage.

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