Se libérer de ce qui nous pèse

La vie après la mort

Lorsque ma grand-mère maternelle est morte, la terre s’est mise à trembler sous mes pieds et tout mon monde intérieur s’est écroulé.

«  Ca me faisait bizarre de constater que la Terre continuait de tourner, de voir le jour encore se lever, alors que la vie aurait dû s’arrêter » 

Je me demandais comment j’allais pouvoir vivre sans elle.

J’allais avoir 15 ans, c’était il y a longtemps maintenant. Je pense souvent à elle avec beaucoup de tendresse et de nostalgie.

A l’approche de la Toussaint notamment.

En cette période, nous pensons à nos proches que nous aimons et qui sont morts. Aller déposer des fleurs sur leur tombe nous permet d’être toujours avec eux, de leur signaler que nous pensons à eux, que nous restons fidèle à l’amour que nous avons vécu ensemble…

Mais parler de la mort n’est pas chose facile.

Elle renvoie à la tristesse, à la perte, à l’absence et au manque, mais aussi à des thèmes plus sinistres comme l’administratif, l’argent et l’héritage, qui peuvent déchirer des familles.

Nous préférons ne pas penser à la mort et rester dans le déni de cette partie de notre vie… Faire comme si nous n’étions pas concerné.

Peut-être que cela nous permet de continuer de vivre…

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Je travaille avec des personnes qui sont très lourdement handicapées sur le plan moteur mais qui sont pour beaucoup d’entre elles très intelligentes, voire brillantes.

Leurs jours sont pour la plupart d’entre elles comptés : pour certaines, arriver à la quarantaine c’est un exploit, pour d’autres elles n’auront que quelques heures ou quelques jours de vie…

Ce qui m’a frappée lorsque j’ai rencontré cette population au moment où j’ai été embauchée, c’est justement la force de vie qui émane de ces personnes.

Elles savent qu’elles ne vivront pas longtemps, alors il faut se dépêcher de vivre, avant que la mort ne les attrape…

J’ai bien du mal à suivre certaines d’entre elles. Elles roulent à toute allure dans leur fauteuil roulant électrique, pour mettre en place tous les projets qu’elles ont en tête, cherchant à réaliser tous leurs rêves.

Puis, lorsqu’elles meurent, je suis souvent surprise par les réactions des proches :

  • une maman ne cessait de rire en repensant aux pitreries de son grand fils de 40 ans, se disant par ailleurs soulagée qu’il soit parti “c’était pas une vie ».
  • Une épouse de 55 ans fait face à la perte brutale de son mari bien-aimé mais aussi à la perte brutale de salaire de 1.500 € qu’elle touchait pour lui donner tous les soins dont il avait besoin. Au sujet de la perte de ses revenus “j’en ai vu d’autres !”

Chacun réagit à sa manière face à la perte d’un être cher : on peut être accablé de douleur, ne plus pouvoir s’arrêter de pleurer, ou au contraire se surprendre soi-même de ne pas pleurer «  si je ne pleure pas, c’est peut-être que je ne l’aimais pas tant que ça… » 

On peut prendre sur soi pour continuer de vivre.

On peut prendre sur soi pour ne pas ajouter à la douleur que ressentent nos enfants.

On peut se sentir soulagé et le garder pour soi «  pour qui on va me prendre si j’avoue que je me sens soulagé ? » 

On peut être en colère et frustré «  je ne lui parlais plus depuis 20 ans, j’espérais qu’il comprenne mais non, il n’a jamais compris… » 

On peut sentir la terre trembler sous ses pieds, sentir sa vie entière s’effondrer.

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Il me semble que ce qui est important, c’est de se sentir en accord avec soi-même. De se sentir libre de pleurer toutes les larmes de son âme, comme de ne pas réagir. De se sentir libre d’être en colère, démuni, frustré, ou soulagé et de préférer le garder pour soi, peu importe.

Personne ne peut vivre à notre place notre deuil. C’est une affaire personnelle.

Nous ne pouvons pas non plus vivre le deuil des autres, ni le juger.

Je trouve cela tellement étonnant et beau les variétés de réactions qui existent à travers le monde : d’une religion à une autre, d’un courant spirituel à un autre, d’un pays à un autre, on ne réagit pas de la même façon face à la mort.

Certains accompagnent la personne vers la vie suivante, d’autres chantent du Gospel (musique qui à moi me semble tellement joyeuse 🙂 ), ailleurs on s’habille en blanc ou en rouge, dans certains pays mourir fait partie intégrante de la vie alors que dans d’autres on ne veut pas en entendre parler…

On se dispute, on se déchire “C’est à moi que revient cette commode !” 

On pleure, on rit, on se souvient. On mange, on boit, ou pas.

On fête. Ou pas.

Puis chacun rentre chez soi.

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Arrive un moment où la vie revient à l’ordinaire.

Parfois plus forte qu’avant.

” La mort nous a rappelé à quel point la vie est précieuse”

A quel point elle ne tient à rien.

A quel point nous devons vivre.

La mort c’est une façon de nous rappeler que nous sommes vivants 🙂

Elle a fait dans notre coeur une place à part pour la personne regrettée. Notre coeur a grossi 🙂

L’être cher disparu peut nous avoir fait nous transformer.

Nous avoir fait découvrir qui nous sommes et qui nous voulons devenir.

La personne peut nous avoir transmis des valeurs qui se sont ancrées en nous après son départ.

Pour ma part, petite fille j’étais fascinée par ma grand-mère. Elle lisait des livres d’Histoire énormes et sans images alors qu’elle n’était jamais allée à l’école. Comment avait-elle fait pour apprendre à lire ?…

J’ai gardé d’elle et ancré en moi cette force de vie, cette force à détruire les barrières qu’on s’est mis dans la tête.

D’elle j’ai gardé et ancré en moi que tout est toujours possible.

Voilà comment je fais pour continuer de vivre sans elle 🙂

La mort est une façon de nous rappeler que nous sommes vivants
L’être cher qui est parti peut nous avoir fait nous transformer – photo : Être enfin zen

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Voilà, aujourd’hui cet article sera plus court et moins fouillé que les autres. Il change aussi de ce que j’écris d’habitude.

Je me suis posé la question : je n’ai que deux jours cette semaine pour faire mon article, ensuite je pars en vacances où je veux être entièrement disponible pour ma nièce adorée. Qu’est-ce que je fais ? Est-ce que j’écris quand même un article ?

J’ai décidé que oui. Alors j’ai simplement suivi mon envie de vous parler de la mort, et j’ai suivi les mots, je les ai laissés faire. Ce sont eux qui m’ont guidée.

 

N’hésitez pas à laisser un commentaire juste en dessous si vous le souhaitez 🙂 et à partager cet article s’il vous a plu 🙂

Emily

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3 thoughts on “La vie après la mort

  1. Bonjour,
    Bel article qui nous rappelle l’importance de Vivre vraiment; Vivre intensément et surtout Vivre MAINTENANT !!!!! Ne repoussons pas toujours au lendemain car il est hypothétique, n’attendons pas des jours, des mois, des années que l’autre revienne vers nous, osons faire le premier pas aujourd’hui.

    Merci Emily pour ce coup de pied au cul, que tu viens de me mettre …

    Bien à toi
    Caroline

  2. Bonjour Emily. C’est un magnifique article plein d’émotions.

    J’ai perdu il y a peu de temps un cousin que j’aimais beaucoup malgré le fait que je ne le voyais pas souvent. Mais chaque fois c’était un bonheur. Une personne simple et remplie de bonté et d’humilité alors qu’il était un des plus grand chirurgien du Portugal.
    Un homme qui pour en arrivé là, est parti de rien car il venait d’une famille pauvre qui a dû immigrer au Venezuela pour une vie meilleure.
    Lorsqu’il était enfant, il adorait s’occuper des animaux et de la terre à la maison. A l’école, il se faisait caillasser par ses camarades d’école parce qu’il le trouvait “trop intelligent”.
    Puis à l’adolescence, il a dû quitter sa famille à 17 ans pour aller étudier la médecine aux Etats-Unis. Ce fut difficile pour lui qui se retrouvait seul dans un pays inconnu et sans beaucoup d’argent. C’était pour sa famille un énorme sacrifice auquel il devait faire honneur.
    Il réussi sa vie professionnelle et aussi sa vie personnelle car aimé de ses collègues et de ses patients dont certains à qui il sauva la vie.
    Et sa famille, par ses quatre enfants à qui il transmit cette bonté et cette force de vivre.
    Il est parti à 52 ans emporté par un cancer, lui qui lutta toute sa vie contre lui.
    Quelle ironie du sort…
    Sur sa page Facebook, on retrouve souvent ces mots de la part de ces amis et famille: un ange vient de retrouver le ciel.

    Merci Emily pour ce beau témoignage qui me fit rappeler les bons souvenirs passés avec lui.
    Mais je n’oublie pas aussi les autres comme mon cher grand-père que j’ai tant aimé aussi.

    Ce qu’il faut retenir je pense de cette journée, c’est surtout l’héritage affectif et leur personnalité exceptionnelle qui est restés en nos cœurs, car ce qui est sûr, c’est que tout cela ne s’effacera jamais.

    A bientôt et bonne vacances

    Paul

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