Vivre nos émotions

Transformer ses émotions après un attentat

La haine ne peut pas chasser la haine. Seul l’amour peut faire cela. 

Martin Luther King

 

En janvier 2015, au moment des attentats de Charlie Hebdo, pour beaucoup d’entre nous, c’est tout un monde intérieur qui s’est écroulé. Comment des gens pouvaient s’en prendre à notre liberté si chérie, à nos valeurs universelles, à notre humour et à notre dérision ? Comment des gens pouvaient tuer de sang-froid des gens aussi gentils que Cabu ? (pour ceux qui se souviennent de lui lorsque nous étions petits, il faisait des dessins au club Dorothée, de mes yeux et avec mon coeur d’enfant, je voyais un homme d’une gentillesse sans limite). Puis en novembre 2015, pourquoi des gens s’en prenaient à des innocents venus s’amuser au Bataclan ? Et Dieu dans tout ça, il fait quoi ?

Beaucoup de questions tournaient dans nos têtes. Des questions suscitées par l’incompréhension. Et surtout, nos émotions étaient mises à rude épreuve : nous ressentions une immense colère, un sentiment de tristesse, de la peur face à ces images d’horreur que nous transmettaient les médias et les réseaux sociaux.

De mon côté, j’ai partagé beaucoup d’articles sur l’horreur de tous ces attentats. Que ce soit Charlie Hebdo, l’épicerie Hyper Casher à Paris, le Bataclan, Nice, etc…

Je suis allée manifester aussi le soir du 7 janvier, auprès des gens qui brandissaient des crayons pour dire que la liberté d’expression ne baisserait pas les bras. Je suis allée aussi manifester le dimanche 11 janvier, comme beaucoup de gens en France mais aussi à travers le monde. Je suis allée manifester, le coeur révolté mais aussi empli d’espoir quand je voyais la mobilisation massive des gens et des hommes politiques. Je me disais : “la liberté finira par gagner. Inévitablement”.

Puis mes émotions s’atténuent au fur et à mesure. C’est comme une habitude qui s’installe. L’attentat du Bataclan m’a saisie d’effroi, mais celui de Nice beaucoup moins. Il y avait déjà eu le Bataclan avant… Et les attentats de cette semaine en Espagne ne me touchent presque plus.

Les journaux, les réseaux sociaux en parlent. Mais l’émotion n’est plus la même. Est-ce que c’est parce que nous sommes stupéfaits ? Que nous restons interdits ? La vérité, aussi dure qu’elle puisse être, c’est que nous nous habituons. C’est la réalité.

Le problème, c’est ça : chaque fois que se produisent des attentats, je regarde cela de loin. Pourquoi ? Parce que je ne veux plus être touchée ? Parce que je veux être tranquille ? Parce que je me suis habituée ? Parce que de toute façon, personne ne peut rien y faire ?

Ca me pose un problème car j’ai le sentiment d’être égoïste au plus haut point. D’être dégueulasse et de ne penser qu’à ma pomme.

Alors, que faire pour trouver la paix ? Que faire pour me libérer de ces conflits ? Comment faire pour retrouver ma liberté intérieure, ma compassion envers les autres ?

que faire pour trouver la paix après un attentat

La force de l’habitude

J’ai lu hier sur ce site une interview qui m’a interpellée de Byron Katie. Elle doit dater de janvier ou novembre 2015. Le journaliste lui demande :

– “comment le monde devrait réagir à la fusillade de Paris de cette semaine ?

Katie qui répond :

exactement la façon dont ils ont réagi. Comment avez-vous réagi à la fusillade de Paris ? Remarquez ce que vous pensiez et croyiez. Etiez-vous en mesure d’arrêter ce que vous pensiez, disiez, faisiez, croyiez, au moment où vous expérimentiez que cela se produisait ?”

Si nous sommes honnêtes avec nous-mêmes, nous répondons non. Nous ne pouvions rien faire pour arrêter nos pensées et nos émotions. Nous ne pouvons rien faire sur le coup. Nous ne pouvons que vivre ce qui est en train de se passer en nous. Nous ne pouvons qu’être horrifié, terrorisé, révolté, etc… puis habitué, résigné, indifférent, si c’est cela qui se passe en nous.

Parce que c’est la réalité. Me battre avec la réalité ne servira à rien.

Par contre, je peux m’interroger, aller chercher l’amour qu’il y a dans la réalité.

Je crois que nous sous-estimons la force de l’habitude. Elle est d’une puissance inouïe. Je me souviens de ma grand-mère qui me racontait lorsqu’elle entendait les bombes qui traversaient le ciel pendant la seconde guerre mondiale. Je sentais dans son expérience qu’elle s’était habituée à ce bruit menaçant. Alors que moi, rien que de l’écouter, ça me faisait très peur. Pourquoi ? Parce que moi je ne savais pas ce que c’était d’entendre une bombe dans le ciel pour aller exploser quelque part plus loin. Ma grand-mère, très certainement a été terrorisée la première fois qu’elle a entendu une bombe. A la deuxième, elle devait avoir moins peur, puis elle a fini par s’habituer.

S’habituer lui a permis de continuer de vivre. De ne plus se laisser mener par la peur, par la colère, et toutes les émotions négatives qui vont avec. 

Pour nous, c’est la même chose avec les attentats. La première fois, nous avons été saisis, horrifiés, touchés dans ce qui fait notre identité. Ces attentats sont venus nous interroger sur ce qui fait que nous sommes qui nous sommes, nous ne comprenions pas que l’on puisse s’attaquer à une valeur aussi forte et sacrée que celle de la liberté. Nous pensions que seuls des monstres pouvaient le faire.

Puis nous nous sommes habitués, l’effet de surprise n’était plus là. C’est ainsi que nous sommes faits.

Et tant mieux. Sinon, dans quel état serions-nous à chaque attentat ? Ecroulés, ébranlés comme nous l’avons été en janvier et novembre 2015 ? Est-ce que c’est ce que nous voulons ? Nous sentir mal ? Cela voudrait dire qu’entre-temps, nous n’aurions pas réfléchi au sujet, que nous ne nous serions pas remis en question. Cela voudrait dire que nous n’aurions pas transformé nos émotions qui étaient si puissantes au moment des attentats. Or, plus il y a d’attentats, plus de mon côté je vois que les gens s’interrogent sur eux-mêmes, que la réflexion avance dans le sens de la compréhension de l’autre. Nous avançons vers la paix et l’amour.

avancer vers la paix et l'amour

C’est ça l’amour que je trouve dans la réalité : les apparences semblent dures quand on se dit qu’on s’habitue aux attentats, alors qu’en creusant un peu, en allant fouiller derrière les apparences, je trouve que l’habitude est positive et constructive. 

Grâce à l’habitude, nous réagissons beaucoup moins dans l’émotion.

Il n’est pas bon de réagir dans l’émotion. Pourquoi ? Parce que quand je suis dans l’émotion, face à la haine, je réponds par la haine. Lorsque j’ai partagé des tonnes d’articles et de commentaires sur Facebook après Charlie Hebdo, qu’est-ce que j’ai fait en faisant cela ? J’ai répandu moi aussi la haine. Est-ce que c’est ce que je veux ? Non. Est-ce que c’est le monde que je souhaite ? Non.

 

L’être humain est fondamentalement bon

Byron Katie nous dit, toujours dans cette interview, lorsque le journaliste lui demande :

“les extrémistes religieux peuvent-ils un jour vivre en paix côte à côte ?

Et Katie qui répond :

Y a-t-il quelqu’un dans votre vie avec qui vous ne pouvez pas vivre côte à côte dans une paix totale ? Je vous suggère de commencer par là, mon cher. Si vous ne pouvez pas le faire, pourquoi pensez-vous que d’autres le peuvent ? La paix dépend vraiment de vous. Quand allez-vous commencer ? Toujours maintenant.”

Tous les grands sages nous le disent :

  • Incarnez le changement que vous voulez voir dans le monde – Gandhi
  • La paix est à l’intérieur. Ne la cherchez pas à l’extérieur – Bouddha
  • Ta vie est un bloc d’argile. Ne laisse personne le modeler à ta place – Lao Tseu

Alors pour ne pas répandre la haine autour de moi, pour retrouver la paix, je reviens à moi, je me tourne vers l’intérieur. C’est le seul moyen.

Je crois que l’être humain est fondamentalement bon. J’en suis convaincue. Il suffit d’observer les enfants lorsqu’ils sont petits. Comment sont-ils ? Que font-ils ? Ils sont joyeux, heureux, plein de vie, dépourvus de toute haine, de tout calcul, ils vous offre une fleur, comme ça, ils aiment nous aider, ils vont aller ramasser l’objet que vous avez fait tomber par terre pour vous le donner.

l’être humain est fondamentalement bon

Est-ce qu’ils cherchent délibérément à vous faire du mal ? S’ils cherchent à faire du mal, c’est parce qu’ils ont été touchés dans leur coeur. Ils ont mal au coeur que maman s’occupe moins d’eux quand une petite soeur ou un petit frère arrive par exemple. L’être humain, lorsqu’il naît, est fondamentalement bon. C’est après, la vie, son éducation, ses rencontres, le milieu dans lequel il évolue, qu’il va accumuler des peurs, des doutes, de la haine, de la frustration, de la colère et de la rage, etc….

Pour ma part, je vois l’être humain comme un coeur lumineux qui est parfois enseveli sous des couches plus ou moins épaisses de boue que sont toutes ces émotions qu’il a accumulées.

Byron Katie nous dit qu’un terroriste, c’est un être humain qui est confus. Je la rejoins quand elle dit cela. C’est un être humain qui est enseveli sous des couches et des couches de boue. Parce qu’il n’a pas été écouté, entendu, reconnu à un moment donné de sa vie. Parce qu’il a été rejeté, abandonné, maltraité, etc…

 

Trouver la paix grâce à l’amour

Seul l’amour peut nous libérer de la haine. Je ne me libèrerai pas de ma colère si je répands l’horreur que je vois dans les médias et les réseaux sociaux. Je ne suis pas en paix lorsque je crache ma haine.

Seule ma compréhension de ces être humains peut y arriver. Comment faire pour les comprendre quand en apparence j’ai l’impression que ce sont des monstres ? Je peux les comprendre, nous pouvons tous les comprendre, parce que nous aussi il nous est arrivé dans notre vie de nous sentir rejeté, pas écouté ou pas entendu. Je peux revivre cela en fermant les yeux et me rappeler l’émotion que cela a suscité en moi. Ets-ce que je me suis senti en paix et dans l’amour ? Sûrement pas. Si je suis honnête, c’est bien de la colère, de la rage, de la haine que j’ai ressenti.

Je peux comprendre les terroristes en allant chercher dans ma propre histoire.

En les comprenant, ma compassion à leur égard se développe. Et là, je commence à retrouver la paix intérieure.

Mais quid de toutes ces personnes victimes des attentats ? Qui sont d’autant plus innocentes qu’elles sont tuées simplement parce qu’elles s’amusent, parce qu’elles profitent de la vie, prennent du bon temps en famille ou entre amis. J’ai le sentiment qu’en développant ma compassion pour les terroristes, de trahir ces pauvres gens, de trahir mes valeurs (je trouve que c’est fondamental dans la vie de prendre du bon temps avec ma famille). Que puis-je faire pour ces gens ? Pour ces familles et ces amis meurtris ? Est-ce que je peux seulement faire quelque chose, moi, petite citoyenne française ?

Bien sûr que je peux faire quelque chose. Il y a toujours quelque chose à faire : je peux continuer de répandre la paix. Mon moyen à moi c’est de le faire à travers ce blog et aussi en cherchant à améliorer chaque jour mes relations (je cherche à éviter de faire ces deux erreurs). Et je peux le faire en pensant à ces personnes mortes dans les attentats. Pour qu’elles ne soient pas mortes pour rien. Ainsi, je ne les trahis pas, je ne trahis pas mes valeurs. Au contraire, je m’ouvre. Et je ne me trouve plus égoïste du tout.

Il me tient tellement à coeur de semer de la paix ! Pour moi, le chemin de la paix se fait en éclaircissant son esprit. Plus mon esprit est clair, plus je m’éloigne de la haine, plus je suis dans l’amour et dans la compassion, plus je suis en paix et en harmonie. Semer la paix, pour moi, c’est montrer comment je fais pour éclaircir mon esprit.

J’invite alors chacun de trouver le moyen qui lui appartient pour semer la paix autour de lui, d’être vigilant sur ce qu’il dit à son prochain, sur ce qu’il partage sur les réseaux sociaux, etc… Ce n’est que de cette façon que notre monde ira mieux 🙂

partager la paix pour que notre monde aille mieux

 

N’hésitez pas à laisser un commentaire sous l’article s’il suscite en vous de la réflexion 🙂

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2 thoughts on “Transformer ses émotions après un attentat

  1. Bravo Emily, c’est important de parler et de parler franchement. De mon côté, puisque je réside en Finlande, nous avons été doublement touchés puisqu’il y a eu un attentat le vendredi soir dans la ville de Turku où habite ma fille. Un jeune homme (18 ans!) d’un centre d’accueil a poignardé 10 personnes en courant dans le centre ville, il s’en est pris à 8 femmes et à 2 hommes qui ont aidé les victimes. Deux personnes sont décédées, le coupable, touché par balle à la jambe par la police, est sur le point d’être interrogé.
    Ma fille ne réside qu’à une centaine de mètre de l’attentat et s’est retrouvée bloquée quelque part en ville: cela a donc impact sa vie quotidienne. Et pourtant, quand elle m’a téléphoné en pleurs, choquée qu’une personne veuille faire autant de mal aux autres, elle pensait “qu’elle exagérait. Que rien ne lui était arrivée, à elle.” Elle avait presque honte de sa réaction. Je l’ai détrompée et ai validé ses émotions. Quelque chose s’est passé, quelque chose d’horrible et difficilement compréhensible, et qui nous touche tous, où que nous soyons. Normal d’éprouver des émotions, et des émotions violentes. Mais nous ne pouvons que changer ce qui est proche de nous, en commençant par nous-mêmes, comme tu le dis si bien dans cet article.
    Et retrouver nos habitudes, nos proches et l’amour de la vie dans les choses simples.
    Elle a décidé que de tels actes ou personne ne pouvaient pas dicter ses pensées ni sa vie.

    1. Merci Virginie pour ton commentaire et cette histoire forte au sujet de ta fille. C’est important de vivre les émotions qui nous traversent et effectivement de décider de ce que nous en faisons. Est-ce que je me laisse submerger par la haine ou est-ce que je décide, comme l’a fait ta fille, que personne à part moi ne peut dicter mes pensées et ma vie ?

      Bravo à elle et à toi pour vos réactions….

      Et enfin, oui c’est important de parler et de parler franchement. D’accepter ce qui nous traverse même si cela parait honteux ou répréhensible. Tout commence par l’acceptation 🙂

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