Vivre avec ses émotions

Comment gérer la violence de ses émotions quand on est hypersensible ?

Quand on est hypersensible, on peut se mettre dans de terribles colères. C’est très difficile à vivre, les émotions qu’on ressent peuvent être violentes. Les autres sont effrayés et ne comprennent pas. Comment peut-on faire pour gérer la violence de ses émotions quand on est hypersensible ?

Je vais vous raconter une histoire. Il y a environ un mois, ma chef m’a convoquée ainsi que l’une de mes collègues. Je savais que ce n’était pas pour parler de la pluie et du beau temps. Je me suis levée de ma chaise, je les ai rejoins dans la cuisine où devait se dérouler notre petite réunion. A peine j’étais assise que ma directrice a engagé la conversation en m’accusant de n’avoir pas fermé le store de ma collègue la veille au soir.

Cela semble puéril, je vous l’accorde, mais c’est révélateur de l’ambiance qui règne dans mon service. La moutarde (extra forte 🙂 ) m’est montée au nez tout de suite, j’ai ressenti des émotions violentes. Je me suis relevée de la chaise en hurlant « ah non, vous n’allez pas me parler du store ! » et je suis sortie. J’entendais, alors que je marchais dans le couloir, ma chef qui me criait « c’est inadmissible ! Cet entretien se déroulera dans un autre cadre ! »

Que faut-il faire dans ce genre de situation ? Comment peut-on faire pour gérer la violence de ses émotions ?

Ce qui se passe

comment gérer la violence de ses émotions quand on est hypersensiblePeut-être connaissez-vous ou avez-vous déjà rencontré ce genre de situation, dans laquelle vous vous sentez accusé comme je me suis sentie accusée. Quand c’est comme ça, on peut partir en vrille tout de suite. On est hors de soi, on perd le contrôle, on est complètement dépassé par ses émotions. On peut en venir à tout balancer, casser des objets, crier, insulter, frapper même.

C’est là que les autres ne comprennent plus qui ils ont en face d’eux : c’est comme ça qu’ils en déduisent que nous sommes trop à cran, trop à fleur de peau, trop sensible. Parce que notre réaction leur parait démesurée.

Dans ce type de situation, quand on souffre encore de son hypersensibilité, une fois sorti(e) de la pièce comme je l’ai fait, l’angoisse peut vite monter, on a les mains qui tremblent, on est hyper stressé. On ressent vite de la culpabilité et des regrets. On s’en veut, on se demande comment l’autre va réagir, est-ce qu’il ne va pas nous rejeter, ou dans mon cas entamer une procédure de licenciement parce que j’ai osé m’emporter violemment et défier l’autorité ? On s’imagine qu’il va en parler à tout le monde et que plus personne n’osera nous approcher.

Comment gérer la violence de ses émotions quand on est hypersensible ?

Isolez-vous

Quand il vous arrive comme il m’est arrivé ce jour-là de vous sentir complètement submergé(e) par vos émotions, dans la mesure du possible, sortez tout de suite de la pièce. Isolez-vous, mettez-vous au calme, fermez les yeux, respirez et concentrez-vous sur votre respiration. Prenez un temps pour faire redescendre la pression.

Le psychiatre Christophe André dit « qu’au travers des thérapies où l’on utilise la méditation de pleine conscience, on s’aperçoit que l’attention est un moyen extrêmement puissant de réguler l’émotion ». La méditation de pleine conscience c’est commencer par se focaliser sur sa respiration. Respirer profondément et être attentif au souffle qui entre et sort à l’intérieur de soi permet de commencer à gérer la violence de ses émotions.

Ne réagissez à rien de façon personnelle

C’est le second accord toltèque du merveilleux livre de Don Miguel Ruiz « les quatre accords toltèques ».

Chacun pense, parle, réagit, avec ses propres filtres. La réalité de chacun n’est en fait qu’une perception qui est filtrée par notre vécu, nos ressentis, nos blessures, nos réussites, etc… De ma place, je n’aurais pas abordé la conversation de la manière dont l’a fait ma chef. Parce que je suis dans ma réalité, qui est composée de mon histoire, de mes apprentissages, de mes limites, etc… La réalité de ma directrice n’est pas la même que la mienne. Elle a vécu une toute autre vie que la mienne (je vous ai fait un magnifique schéma ci-dessous pour résumer cela. Vous pouvez admirer mes grands talents de dessinatrice 🙂 )

comment gérer la violence de ses émotions quand on est hypersensibleAutrement dit, chacun pense, dit et fait en fonction de son vécu. Ce que moi j’ai vécu comme une injustice de mon côté n’était peut-être pas ce que voulait engendrer ma chef. Moi je l’ai vécu comme une accusation et une injustice, alors qu’elle de son côté, son intention devait être tout autre chose.

Ne culpabilisez pas

Vous avez le droit d’être hypersensible et de ne pas réussir à gérer la violence de vos émotions, comme ce qui m’est arrivé cette fois-là.  Quand on est hypersensible, on a vite fait de se mettre à la place des autres, d’imaginer ce qu’ils peuvent penser de nous, et de se dire « je n’aurais pas dû ». On se dit « je n’aurais pas dû » parce qu’on a peur des retombées de notre attitude, on a peur d’être rejeté(e).

Or, de mon côté, avec la réalité qui est la mienne, quoi que peut en penser ma directrice, si je suis sortie précipitamment, c’était pour me protéger. C’est la peur de perdre mon poste de travail qui m’a fait lever de ma chaise. Il le fallait sinon je suis capable de monter dans les tours, et je ne veux pas perdre mon boulot.

A aucun moment je ne m’en suis voulue de mon comportement. Je me disais : « au fond, s’ils veulent me mettre à la porte, hé bien tant pis pour eux, c’est qu’ils ne me méritent pas et que quelque chose de mieux m’attend ailleurs ».

Que s’est-il passé ensuite ?

comment gérer la violence de ses émotions quand on est hypersensibleJe ne me suis pas retournée. Je suis partie m’isoler dans une pièce avec mon ordinateur portable pour travailler seule et au calme. Le fait d’être coupée des autres dans le silence a permis de faire baisser la pression rapidement. Je me suis assise, j’ai fermé les yeux et respiré profondément. Tout de suite, j’ai pensé aux progrès que j’avais fait :

  • Je n’ai pas culpabilisé, ni regretté, etc…
  • Je n’ai pas senti d’angoisse monter

J’ai continué de travailler comme je le pouvais. Je savais que cette journée ne serait pas très productive, et ce n’est pas grave. Et puis, tout le reste de la journée, on entendait les mouches voler dans le service. Alors que c’est toujours bruyant. Je me suis dit « Tiens, au moins on a gagné le silence et ça fait du bien ! ». J’ai envoyé un texto à l’une de mes collègues qui elle non plus ne supporte pas le brouhaha du bureau, pour lui signaler que grâce à moi elle allait être au calme toute la journée 🙂

Tirer les enseignements

comment gérer la violence de ses émotions quand on est hypersensibleUne quinzaine de jours plus tard, ma chef est revenue dans mon bureau en me disant « Je peux vous voir Emily ? ». Je savais pourquoi. Mais je n’ai pas fait l’erreur que j’avais faite 15 jours avant, de me lever tout de suite de ma chaise. J’ai trouvé une excuse : je termine un mail que je suis en train d’écrire, et j’arrive.

Pendant ce petit temps, je me suis mise en condition pour que l’entretien se passe bien. C’est un excellent moyen pour gérer la violence de ses émotions. J’ai respiré profondément, je me suis répété « écoute ce qu’elle a à te dire, ne prends pas pour toi ce qu’elle va dire, n’oublie pas de rester à ta place ». Puis je suis allée dans son bureau.

Evidemment, elle m’a reparlé du sujet. Je l’ai écoutée. Je restai détendue en respirant et en me disant « laisse-là parler. Ecoute-là ». Je sentais qu’elle était très contractée. Je me disais « mince, elle a peur de moi ». Du coup, j’ai admiré son courage de m’avoir convoquée. Elle s’est détendue au fur et mesure qu’elle sentait que j’étais moi-même calme et que je l’écoutais.

Pourtant, j’aurais pu m’emporter violemment quand elle m’a dit que je n’avais pas eu une attitude professionnelle. Quand elle a eu fini de parler, je lui ai dit calmement que je trouvais qu’elle non plus n’agissait pas avec professionnalisme. Et je lui ai expliqué pourquoi.

Je lui ai ouvert mon cœur aussi, parce que ce que nous enseigne Marshall Rosenberg dans la Communication Non Violente, c’est qu’une meilleure communication passe par l’ouverture du cœur et l’aveu de ses vulnérabilités. Je lui ai dit : « vous savez, j’ai réagi de cette façon parce que je suis quelqu’un d’hypersensible. Parfois, il m’arrive de ne pas savoir gérer mes émotions, et dans ces cas-là, il vaut mieux que je quitte la pièce et que je m’isole au calme ».

Vous savez quoi ? J’ai vu dans son regard qu’elle ne me prenait plus pour une folle. Elle s’est complètement détendue et m’a dit : « je comprends ».

J’en ai les larmes aux yeux de vous écrire ces mots. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être parce que pour la 1ère fois, quelqu’un m’a dit qu’il me comprenait, qu’il comprenait mes accès de rage, et que je sentais que c’était vrai.

Ce qu’il faut retenir

Pour gérer la violence de ses émotions, si vous vous sentez submergé(e) par ce qui se passe en vous, sortez tout de suite si vous en avez les moyens. Fermez les yeux, concentrez-vous sur votre respiration, détendez-vous.

Prenez ensuite conscience que la perception de la réalité de l’autre n’est pas la vôtre. Et que la sienne n’est pas la vôtre non plus. Chassez toute culpabilité de votre esprit, voyez que l’autre est dans sa réalité. Restez dans la vôtre.

Dans les conversations qui suscitent vos émotions, prenez le temps de respirer, dites-vous « j’écoute l’autre, je ne prends pas ce qu’il me dit pour moi. Je reste à ma place ». Dans la mesure du possible, lorsque vous pressentez que vos émotions seront mises à rude épreuve, prenez un petit temps de préparation avant la conversation. Et si vous le sentez, ouvrez votre coeur auprès de l’autre, parlez de vos faiblesses, parlez de qui vous êtes et de ce dont vous avez besoin.

Allez-y en douceur, faites les choses à votre rythme, quand vous le sentez.

Si après vous n’êtes pas satisfait de vous-même, essayez de voir toutes les choses positives de la situation. Et prenez un temps pour tirer les enseignements pour ne plus refaire les erreurs que vous aviez faites.

Retenez que vous faites de votre mieux avec la personne que vous êtes. Pour la personne qui est en face de vous, c’est la même chose.

Je termine avec cette citation de Bouddha que j’ai entendue ce matin dans une vidéo : « Ne croyez jamais ce que l’on vous dit. Vérifiez pas vous-même à la lumière de l’expérience. »

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Emily

2 thoughts on “Comment gérer la violence de ses émotions quand on est hypersensible ?

  1. Bonjour Emily, j’aime bien ton témoignage, et ton texte est très complet, j’aimerai donner également une astuce en complément de la respiration, si tu es d’accord ? Personnellement en complément, je fais un point d’ancrage, un petit geste anodin, pour les autres, et qui passe inaperçu, mais qui me permet de me focaliser dessus, afin de ne pas exploser, oui, moi aussi je suis une ancienne hyper sensible 🙂
    Bonne continuation, j’aime bien le passage dans le bureau de ta chef 😉

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